Histoire et Secrets - découvrir l'histoire de France et du monde - Marie-Louise d'Orléans, sacrifiée à la raison d'Etat
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Triste reine d’Espagne à la courte vie, Marie-Louise d’Orléans n’aura pas eu le temps de marquer l’histoire. Sa naissance le 26 avril 1662 est une déception : en novembre 1661, la reine de France a mis au monde un fils, le dauphin. Henriette d’Angleterre, belle-sœur du roi, espère bien elle aussi donner à son époux, Philippe d’Orléans, ce fils tant désiré. Hélas, l’enfant est une fille. La duchesse d’Orléans est tellement déçue qu’elle parle de jeter sa fille à la rivière…On ne l’écoute heureusement pas ! Prénommée Marie-Louise et titrée Mademoiselle d’Orléans, la petite fille fera d’ailleurs parti des rares enfants survivants de l’union de Philippe et d’Henriette. De 1662 à 1669, la duchesse d’Orléans sera enceinte à huit reprises et seules Marie-Louise et la petite dernière, Anne-Marie, née en 1669, survivront. Entre fausses couches et enfants mort-nés, le couple n’a réussi à avoir qu’un fils qui ne dépassera pas l’âge de 2 ans. Henriette d’Angleterre meurt  subitement en 1670 à l’âge de 26 ans, laissant deux orphelines de 8 et 2 ans. Dés l’année suivante, Philippe d’Orléans se remarie avec Elisabeth-Charlotte de Bavière avec laquelle Marie-Louise aura de bons rapports : la princesse Palatine lui apporte l'affection que la petite Mademoiselle n'avait pas trouvé auprès de sa mère.  Marie-Louise passe sa jeunesse à la cour de France, pensant épouser un jour son cousin le dauphin Louis, héritier de trône. Déjà avant elle, la défunte Henriette d'Angleterre avait caressé l’idée d’épouser Louis XIV mais avait dû se contenter de son frère cadet.
 
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Mademoiselle d'Orléans, par Pierre Mignard
 
 
Lorsqu'elle est en âge de se marier, Marie-Louise apprend que le dauphin épousera une princesse allemande et qu’elle est destinée, en tant que première princesse de France, à l’un des plus beaux partis d’Europe, le roi d’Espagne Charles II. Ce dernier est dépeint comme étant sot, d’une laideur "à faire peur" et d’une santé fragile. Lors de sa naissance en 1661 on avait d’ailleurs douté qu’il vive longtemps.  A Louis XIV qui lui annonce "Je vous fais reine d’Espagne, qu’aurais-je pu faire de mieux pour ma fille ?", Marie-Louise répondra "Vous auriez pu faire mieux pour votre nièce". Mais Mademoiselle d’Orléans n’a pas le choix. Elle est la "fille de l’Etat " et doit devenir reine d’Espagne pour servir les intérêts politiques de la France. Pourtant, la jeune princesse ne cesse de montrer son désespoir à l’idée de ce mariage et espère que les négociations entre la France et l’Espagne échouent. Bien que Louis XIV tienne à cette union, il ne prend pas la peine de faire apprendre l’espagnol à sa nièce alors que l’on sait fort bien que Charles II ne maitrise pas le français.  Mme de Sévigné note que la future reine d’Espagne "crie toujours miséricorde et se jette aux pieds de tout le monde". Devant la tristesse de Marie-Louise, on doute même que son père, Monsieur, la laisse partir " tant elle est affligée". Le mariage par procuration est pourtant célébré le 30 août 1679. Le 19 novembre de cette même année, Mademoiselle d’Orléans épousera en personne le roi Charles II. Elle doit se mettre en route pour l’Espagne après des adieux déchirants à sa famille. Cependant, Louis XIV fait bien comprendre à sa nièce ce qu’il attend d’elle : "Madame, je souhaite de vous dire adieux pour jamais ; ce serait le plus grand des malheur qui vous pût arriver de revenir en France".
 
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Marie-Louise d'Orléans, par Pierre Mignard
 
La vie à la cour d’Espagne se révèle être fort contraignante pour la nouvelle reine. Constamment espionnée, elle est comme prisonnière. Marie-Louise est confrontée à une étiquette inhumaine et doit subir l’affreux spectacle d’un autodafé le jour de ses noces. Son escorte française est rapidement renvoyée en France, laissant la jeune reine sans personne de confiance à ses côtés.   Quant à Charles II, il est tel qu’on lui avait décrit : c’est un être disgracié avec "les traits d’un idiot" et une démarche "qui manque totalement d’élégance et de majesté". C’est un roi malpropre qui "croque tout le jour gousses d’ail et échalotes et ne change de linge que trop rarement" , qui n’est pas cultivé et qui n’a de goût que pour la chasse. Cependant, Marie-Louise s’emploie de son mieux à plaire à son époux en apprenant l’espagnol  et, dès 1681, elle le parlera assez bien. Quant au roi, il se révèle être de plus en plus épris de sa jeune épouse. Lorsqu’elle est atteinte de la petite vérole, Charles II ne cesse de lui écrire pour l’assurer de son amour et lui souhaiter une guérison rapide. Chaque soir, il la rejoint dans son lit et pourtant Marie-Louise n’annonce aucune grossesse. A plusieurs reprises (dès décembre 1679) des rumeurs annonçant que la reine est enceinte circulent. A chaque fois, Charles II se montre comblé puis désolé lorsqu’il s’avère que ce sont là de faux espoirs. Malgré sa déception, jamais le roi ne s’en prendra à son épouse. La stérilité du couple est un drame pour la reine car ces ennemis à la cour la rendre responsable de cette absence d’enfant. On l’accuse de vouloir voir s’éteindre la dynastie des rois d’Espagne et même sa belle-mère, Marie-Anne de Habsbourg, est de cet avis. Certains avancent même que Marie-Louise a absorbé un breuvage lorsqu’elle était encore en France afin de devenir stérile ! A la cour d’Espagne, tous tentent de monter Charles II contre son épouse. Pourtant, il se pourrait fort bien que le roi soit à l’origine de la stérilité de son couple : Marie-Louise avait déjà confié à l’ambassadeur de France que même si le mariage avait été consommé, elle pensait qu’elle ne pourrait jamais avoir d’enfant. A la cour de France, beaucoup sont de cet avis, à l’exemple de la princesse Palatine, pour qui c’est Charles II qui n’est "pas apte à la procréation par certaine débilité" . Face à la pression qui pèse sur Marie-Louise, celle-ci multiplie les pèlerinages et prend des drogues, prescrites par les médecins, pour "échauffer le sang" et la rendre féconde, suivant l’exemple de Catherine de Médicis et Anne d’Autriche. Rien n’y fait et au contraire, les espagnols restent persuadés que Marie-Louise fait tout pour ne pas donner d’héritier à la couronne. Beaucoup tentent de la discréditer et dès 1686, l’ambassadeur de France craint que l’on attente à la vie de la reine. Au début de l’année 1689, la souveraine demande à Louis XIV qu’il lui fasse parvenir un contrepoison, se sentant menacée. En février de la même année, Marie-Louise se plaint de brûlures à l’estomac et est victime de violents vomissements. La jeune reine se dit à un moment empoisonnée. Elle décède le 12 février à l’âge de 26 ans. Le contrepoison envoyé par le duc d'Orléans arrive trois jours plus tard.
 
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Marie-Louise vers 1679, par Pierre Mignard

La mort brutale de Marie-Louise peut être attribuée à une péritonite mais la thèse d’un empoisonnement est tout à fait plausible : peu avant de mourir, la reine avait bu une tasse de  lait "suspect" offert par Olympe Mancini, comtesse de Soissons, déjà suspectée d'empoisonnement. Curieusement, la jeune souveraine décède dans les mêmes conditions énigmatiques – et au même âge – que sa mère, Henriette d’Angleterre. En France, on murmure que la reine Marie-Louise a été victime de sa belle-mère, Marie-Anne de Habsbourg, à cause de sa stérilité. Charles II se montre fort affecté de la perte de son épouse. En 1690, il est contraint de se remarier avec Marie-Anne de Neubourg pour espérer assurer sa descendance. Ce second mariage restera lui aussi stérile, preuve que Marie-Louise n’était pas coupable de la stérilité du couple. Peu de temps avant sa mort en 1700, Charles II fit ouvrir la tombe de sa première épouse afin que l’esprit de celle-ci le conseille dans le choix de son successeur ! De Marie-Louise d’Orléans reste l’image d’une princesse sacrifiée aux intérêts politiques et celle d’une triste reine incomprise par son pays d’adoption.

Bibliographie :

Le Lit, le Pouvoir et la Mort : reines et princesse d'Europe de la Renaissance aux Lumières par Bartolomé Bennassar
Les femmes du Roi-Soleil par Simone Bertière
Louis XIV et sa cour par le duc De La Force
Les femmes dans la vie de Louis XIV par Antonia Fraser

 


Réactions à cet article

Réaction n°2 

par Anais_Geeraert le 09/02/2012 @ 10:45
On a avancé plusieurs fois que la reine Marie-Louise était enceinte...dès qu'elle avait un retard dans ses règles. Hèlas, il semble bien que la jeune reine n'ait jamais été enceinte. Elle explique d'ailleurs que même si son union a été consommée, elle pense ne jamais pouvoir tomber enceinte....preuve que Marie-Louise avait constaté la stérilité de son époux.

Réaction n°1 

par Jessica le 29/01/2012 @ 22:20
Bonsoir
Bravo pour cet article il est sublime; J'adore le fait que vous fassiez revivre des personnages oubliés. La figure tragique de cette reine d'Espagne mérite l'attention, mais j'aurai aimé savoir quelque chose;  il me semble avoir lu plusieurs fois que Marie Louise avait reussi à tomber enceinte mais avait, helas, perdu son enfant.


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