Histoire et Secrets - découvrir l'histoire de France et du monde - Louise-Elisabeth d'Orléans, reine éphémère
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 Cinquième fille du duc Philippe II d’Orléans et de Françoise-Marie de Bourbon, Louise-Elisabeth naît le 11 décembre 1709 à Versailles. Titrée Mademoiselle de Montpensier, sa naissance est une déception, ses parents n’ayant qu’un fils. Elle sera d'ailleurs suivie de deux autres filles. Louise-Elisabeth fait partie de la génération des princesses royales qui reçoivent une éducation peu soignée. Peu cultivée mais intelligente, belle mais égoïste, Mademoiselle de Montpensier se montre souvent d’une grossièreté qui fait horreur à sa grand-mère paternelle, la princesse Palatine. Celle-ci écrit à propos de Louise-Elisabeth : « Je ne puis me vanter de son éducation, car comme elle a père et mère, je leur en ai laissé le soin […] On ne peut pas dire qu’elle soit laide : elle a de jolis yeux, la peau fine et blanche, le nez bien fait quoique un peu mince, la bouche fort petite. Avec tout cela, c’est la personne la plus désagréable que j’aie vue de ma vie ; dans toutes ses façons d’agir, qu’elle parle, qu’elle mange, qu’elle boive, elle vous impatiente… ». Bref, la fille du Régent n’est nullement préparée au destin royal qui l’attend. En dépit des manières de Mademoiselle de Montpensier, il est décidé en 1720 de lui faire épouser l’héritier de la couronne d’Espagne, le prince des Asturies Louis Ferdinand (né en 1707). En effet, la France et l’Espagne, alors en guerre, ont convenu d’un double mariage qui sellera leur alliance : l’infante d’Espagne Marie-Anne-Victoire (alors âgée de 3 ans) épousera Louis XV, tandis que le fils aîné de Philippe V se mariera avec une princesse française, fille du Régent. Ses sœurs aînées étant déjà mariées, c’est Louise-Elisabeth qui est promise à devenir reine d’Espagne. Bien que la perspective de voir sa fille régner un jour sur la France enchante Philippe V, il n’est pas des plus ravis de devoir, en contrepartie, voir son fils aîné épouser une princesse au comportement déplorable. Il faut alors l’influence de la reine, Elisabeth Farnèse, pour que le roi d’Espagne cède enfin. Le traité entre les deux pays est signé le 13 juin 1721. En septembre, le double mariage est rendu public. Certains princes français, opposés au Régent, ne comprennent pas comment celui qu’ils soutiennent, Philippe V, a pu accepter une telle alliance. La colère monte d’un cran lorsqu’en novembre, la France propose également de fiancer l’infant Don Carlos avec la jeune sœur de Louise-Elisabeth, Mademoiselle de Beaujolais, née en 1714. Ainsi, Mademoiselle de Montpensier ne se retrouvera pas seule à la cour d’Espagne qui n’a guère réussi à celles qui l’on précédé sur le trône  (Elisabeth de France, épouse de Philippe IV et Marie-Louise d’Orléans, épouse de Charles II, toutes deux mortes prématurément).

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Louise-Elisabeth de Bourbon par Jean Ranc (1724)

Le mariage de Mademoiselle de Montpensier a lieu par procuration le 16 novembre 1721. La princesse part ensuite pour l’Espagne, son pays d’adoption. L’échange des princesses a lieu dans l’île des Faisans : tandis que Louise-Elisabeth rejoint le prince des Asturies, celle que l’on nomme  « l’infante Reine » se dirige vers la cour de France. L’accueil de la famille royale espagnole n’est pas des plus chaleureux : bien que sa fille soit promise à devenir reine de France, Elisabeth Farnèse admet difficilement que le prince des Asturies, son beau-fils, puisse avoir des héritiers, ce qui éloignerait ses propres fils du trône d’Espagne (la reine n’est que la seconde épouse de Philippe V qui a eu des fils de sa première union).  Le mariage de Louise-Elisabeth avec le prince Louis a lieu le 20 janvier 1722. La princesse est âgée de 12 ans, son époux en compte 14. Louise-Elisabeth conquiert facilement son mari mais scandalise la cour par son comportement. Saint-Simon, ambassadeur à la cour d’Espagne, relate comment la princesse des Asturies répondit à son discours :

« Je lui demandai ses ordres pour le roi, pour l'infante et pour Madame, M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans. Elle me regarda et me lâcha un rot à faire retentir la chambre. Ma surprise fut telle que je demeurai confondu. Un second partit aussi bruyant que le premier. J'en perdis contenance et tout moyen de m'empêcher de rire; et jetant les yeux à droite et à gauche, je les vis tous, leurs mains sur leur bouche, et leurs épaules qui allaient. Enfin un troisième, plus fort encore que les deux premiers, mit tous les assistants en désarroi et moi en fuite avec tout ce qui m'accompagnait, avec des éclats de rire d'autant plus grands qu'ils forcèrent les barrières que chacun avait tâché d'y mettre. Toute la gravité espagnole fut déconcertée, tout fut dérangé; nulle révérence, chacun pâmant de rire se sauva comme il put, sans que la princesse en perdît son sérieux, qui ne s'expliqua point avec moi d'autre façon. On s'arrêta dans la pièce suivante pour rire tout à son aise, et s'étonner après plus librement… »

 Cet épisode n’est que le premier qui met en avant les mauvaises manières de Louise-Elisabeth : elle se déshabille en public, fait fi des convenances lors des dîners et se tient mal. Elle aime manger et va jusqu’à réclamer de la nourriture dans les cuisines. Elle s’amuse en faisant des farces aux courtisans et en coupant les robes des comtesses, se moque de ses dames de compagnie. En réalité la mauvaise éducation de la princesse n’explique pas, à elle seule, son comportement : Louise-Elisabeth n’est encore qu’une enfant que sa belle-famille méprise. Elle ne trouve de consolation que des espiègleries qu’elle commet. Surveillée, espionnée, comme toutes les reines d’Espagne, elle est un jour surprise alors qu’elle se livre à des jeux interdits avec ses caméristes. Le prince des Asturies étant de constitution fragile, et les deux époux étant très jeunes lors de leur union, le mariage n’est consommé qu’en 1723. Si Louis a tout d’abord été conquis par sa jeune épouse, fort est de constater que tous deux ont des caractères diamétralement opposés : le prince est de nature timide et solitaire depuis la mort de sa mère en 1714 et l’état de dépression dans lequel est tombé son père peu après. Louise-Elisabeth demeure égoïste et incapable donner de l’affection à son époux, lui préférant ses jeux. Entre temps, Mademoiselle de Beaujolais arrive à Madrid en tant que fiancée de Don Carlos. Louise-Elisabeth trouve une alliée en sa petite sœur.

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Louis Ier, roi d'Espagne, par Michel-Ange Houasse  en 1717

Le 14 janvier 1724, Philippe V annonce qu’il abdique en faveur de son fils aîné pour se consacrer à son salut, malgré les efforts de la reine pour l’en dissuader (Elisabeth Farnèse ne se console pas de perdre le pouvoir).  Le principal intéressé n’était pas au courant de l’abdication de son père. Effrayer, le prince des Asturies se jette à ses pieds mais Philippe V le relève, lui disant : « Je me décharge sur vous d’un fardeau redoutable, mais je sais que vous ne voudrez que le bien de vos sujets ». A l’âge de 14 ans, Louise-Elisabeth se retrouve reine d’Espagne, au côté de Louis Ier. Philippe V, soulagé d’abandonner le pouvoir, n’a pas songé qu’il laissait le trône à deux enfants immatures. Louis Ier a des difficultés à s’exprimer, n’aime que la chasse et la religion. Il n’a pas été préparé à régner et se renferme vite sur lui-même. Au sein du jeune couple, il n’y a plus d’entente et les époux s’adressent à peine la parole. On en vient à douter que le mariage eut été consommé.   Ce sont pourtant ces enfants qui ont la lourde tache de gouverner le royaume d’Espagne. Très vite, Louis Ier se désintéresse de la politique, préférant distribuer des faveurs. Alors que certains tentent de faire revenir Philippe V sur sa décision, Louis Ier contracte la petite vérole au mois d’août. Contre toute attente, la petite reine soigne son époux avec dévouement. L’acte de Louise-Elisabeth ne suffit pas à sauver Louis : le jeune roi décède le 31 août à l’âge de 17 ans. 

En 1725, la France renvoie en Espagne la fiancée de Louis XV : âgée de 7 ans, elle ne pourra donner d’héritier avant plusieurs années et l’on souhaite que le roi de France, qui vient de se remettre d’une maladie, puisse rapidement avoir des fils. Devant cet affront, l’Espagne renvoie Louise-Elisabeth et sa sœur en France, après avoir annulé les fiançailles entre Mademoiselle de Beaujolais et Don Carlos. La veuve de Louis Ier s’installe au château de Vincennes puis au palais du Luxembourg. Elle mène alors une vie discrète, n’apparaissant pas à la cour de Louis XV, de peur, sans doute, que lui reproche son comportement honteux lorsqu’elle était en Espagne. Celle qui ne fut reine que quelques mois décède le 16 juin 1742 à l’âge de 32 ans, dans l’indifférence générale, d’hydropisie. Elle est inhumée en l’Eglise de Saint-Sulpice à Paris.  


Bibliographie :

La reine et la favorite, par Simone Bertière
Philippe V d'Espagne, par Philippe Erlanger
Philippe V, roi d'Espagne, petit-fils de Louis XIV, par Suzanne Varga

 



Réactions à cet article

Réaction n°2 

par Anais_Geeraert le 12/02/2013 @ 18:34
bonjour,
A ma connaissance, il n’existe malheureusement pas de romans qui traitent des rois d’Espagne et c’est bien dommage. Je peux simplement vous orienter vers un roman historique sur le roi du Portugal Pedro Ier et sur son historique d’amour impossible (mais véridique) avec Inès de Castro : http://www.histoire-et-secrets.com/annexes/articles.php?lng=fr&pg=405
bien à vous
 

Réaction n°1 

par roulayasin le 05/01/2013 @ 20:10
y aurait il un beau roman sur les rois d'espagne comme les rois maudits ou meme la trilogie de Frank Ferrand "la cour des dames"? merci pour votre aide. Epoque a partir de Charles quint.


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