Histoire et Secrets - découvrir l'histoire de France et du monde - Elisabeth Ire, reine mythique de l'Angleterre
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Toute œuvre d’art constitue un appareil de propagande royale dans la période dite «Elisabétaine». Nous avons ici un portrait de la reine Elisabeth Ire (1533-1603) qui règne sur l’Angleterre à partir de 1558. Le peintre, George Gower, est apprécié par la reine pour ses qualités d’artiste (il n’est pas noble). En 1581, il est fait « Sergent painter » (Peintre officiel) de la souveraine. Il surveillera la qualité des portraits faits d’Elisabeth Ire. La reine se veut être mythique avec un visage impassible imposant le respect pour ce qu’elle est : la souveraine de l’Angleterre. Un portrait officiel de la reine est destiné à servir sa propagande. Le tableau reste une icône idolâtre. Le statut de l’image d’un souverain et différente des autres : on ne peut tourner le dos aux rois et reines comme à leurs portraits. Détruire un tableau représentant le souverain, c’est détruire ce dernier en pensée. Le portrait de la reine est sacré.

Sur ce portrait de 1588, nous avons deux plans. Au premier, Elisabeth semble debout devant un fauteuil de bois doré bancal (on voit qu’il penche à gauche) à pompons (signe de richesse). Le mobilier est de couleur pourpre, couleur de la royauté. La reine a  un visage blanc, des lèvres très rouges, une perruque rousse ondulée et ornées de perles, surmontée d’une broche faite avec des plumes d’autruche. Elisabeth Ire n’a jamais voulu se voir vieillir et passe des heures à se faire mettre de la poudre et des crèmes sur le visage pour le rendre blanc et cacher ses rides. Bien que la reine ait 56 ans à la date où ce portrait est réalisé, elle paraît avoir une jeunesse éternelle. La souveraine porte un habit de cour noir et rouge brodé d’argent. Elle tient un éventail d’or et de plumes. Notons que les plumes d’autruche sont alors rares et hors de prix. L’éventail est également un signe de puissance et de dignité. Elisabeth porte une fraise en dentelles de Calais à la mode pour mettre sa tête en valeur. Détail important : Elisabeth porte le nœud de chasteté. En effet, cette reine ne s’est jamais mariée, prétendant avoir épousé la couronne (et donc le peuple) d’Angleterre. Le fait qu’elle n’ait ni époux ni enfant lui fera gagner le surnom de « Reine Vierge ». Appartenant à son pays, elle ne pouvait être à aucun homme. La topaze sur sa broche est aussi symbole de virginité. La reine est couverte de perles (elles appartiendraient à sa rivale Marie Stuart), signe de richesse qui peut également se rapporter à la mer (les perles les plus précieuses se trouvent dans les huîtres), faisant d’Elisabeth la reine des océans. D‘ailleurs, à droite du tableau, sur un autre meuble, une sirène, au visage masculin et dur, regarde vers l’Ouest. Cela se rapporte à la conquête de la mer mais également à la découverte et à l’exploitation de l’Amérique : en effet, c'est en 1588 que la première colonie anglaise est fondée, à laquelle on donne le nom de Virginie en hommage à la "Reine Vierge".  Les anglais (symbolisés par la sirène) tiennent l’Atlantique. Elisabeth pose sa main sur le globe, annonçant la domination de l’Angleterre sur le monde. La couronne impériale est symbolique et vient renforcer la légitimité d’Elisabeth Ire.

Le second plan est très proche du premier. Nous y découvrons une loggia avec quatre colonnes (qui rappellent l’emblème de la reine) reposant sur un petit mur sombre, recouvert d’une toile foncée. Les rideaux de soie encadrent deux tableaux évoquant l’Armada. A gauche, il s’agit d’une représentation de jour avec un temps calme et le port de Calais. A droite, nous avons une scène sombre avec des navires pris dans une tempête et faisant naufrage. Ce tableau retranscrit le désastre de l’Armada. L’invincible Armada (ce qui veut dire « la grande et très heureuse flotte »), c'est  la flotte d’invasion armée du roi d’Espagne Philippe II. Celui-ci veut conquérir l’Angleterre face au refus d’Elisabeth Ire de l’épouser, et l’évincer du trône. Philippe II est perçu comme un homme très puissant et personne ne doute de sa victoire. C’est ainsi que le roi fait construire l’invincible Armada. C’est un projet très coûteux pour l’Espagne et non discret. Elisabeth Ire, prévenue, se prépare donc à faire face. L’Armada part en juin 1588 pour l’Angleterre tandis que la Reine Vierge fait demander des flottes, munies de canons anglais. En Angleterre, on ne fait pas qu’armer les navires pour combattre les espagnols : on prie beaucoup. Les anglais sont en grande majorité protestants, s’opposant ainsi à Rome et aux grandes puissances catholiques en Europe. En mer, lorsqu'une tempête s’abat sur l’Armada, les anglais envoient des bateaux en feu sur l’ennemi, du 23 au 29 juillet. Au lieu de se regrouper, les navires espagnols se dispersent tant la confusion règne. Ils décident alors de contourner l’Angleterre par l’Irlande. L’Armada est frappée par de violentes tempêtes et fait finalement naufrage. On compte 11 navires perdus, 600 morts et 800 blessés. C’est la consternation tant la victoire paraissait acquise aux espagnols. En Angleterre, il apparaît clairement que Dieu est anglais et qu’il soutient Elisabeth Ire. C’est la victoire des protestants sur les catholiques.

La reine Elisabeth Ire nous apparaît ici comme une reine parfaite, séduisante et féminine, déesse de la justice. Les perles que la souveraine porte en grande quantité symbolisent la perfection et sa virginité. Bien qu’elle soit protestante, on ne peut s’empêcher de voir en elle la vierge Marie. A travers ce portrait allégorique, Elisabeth Ire apparaît comme la maîtresse des mers.



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