Reines du haut Moyen Age

Sainte Bathilde : une esclave qui devint reine

Née vers 626, Bathilde est la fille de Sisoigne, prince d’Ascainie et seigneur de Saxe. Elle n’est encore qu’une enfant lorsqu’elle est capturée par des corsaires anglais, au service d’un roi anglo-saxon que son père a attaqué. Bathilde est réduite en esclavage et vendue à un certain Erchinoald en 642. Ce dernier est le maire du palais du roi de Neustrie et de Bourgogne, le Mérovingien Clovis II (né vers 635). En raison du  très jeune âge de celui-ci à la mort de son père, Dagobert Ier (†639), c’est sa mère, la reine Nanthilde, qui tient les rennes du pouvoir, jusqu’à son décès en 642. Depuis, c’est Erchinoald qui gouverne au nom de Clovis II. Le maire du palais met Bathilde au service de son épouse. Lorsque celle-ci meurt, Erchinoald envisage de se remarier avec Bathilde, qui est d’un caractère doux et aimable. La jeune femme n’a aucune envie de devenir l’épouse de son maître et va chercher du soutien auprès du jeune Clovis II, alors âgé de 14 ans. Tout en écoutant les supplications de Bathilde, le roi est séduit par sa beauté et sa douceur. Il décide donc de l’affranchir et de l’épouser lui-même. L’union a lieu vers 651. Si certains Grands du royaume sont choqués de voir Clovis II épouser une esclave plus âgée que lui, l’Eglise accepte le choix du roi, à une époque où ses représentants se désolent de voir des seigneurs tromper une épouse légitime qu’on leur a imposée. Dans le cas de Clovis II, le roi de Neustrie a pris pour reine la femme qu’il souhaitait. Bathilde donnera trois fils à son époux qui deviendront tous rois, à une époque où les terres sont divisées selon le nombre d’enfants mâles, et où les guerres fratricides font rage :

– Clotaire III (652-673), roi de Neustrie et de Bourgogne, mort sans alliance ni descendance attestée
– Childéric II (653-675), roi d’Austrasie (662) puis des Francs (en 673), marié à Bilichilde vers 668 (dont postérité)
– Thierry III (654-691), roi de Neustrie et de Bourgogne (en 673) puis roi des Francs (en 679), marié à Clotilde de Herstal en 675 (dont postérité)

Sainte Bathilde vendue à Erchinoal, par Guy-Louis Vernansal (1700)
Sainte Bathilde vendue à Erchinoal, par Guy-Louis Vernansal (1700)

Intelligente et plus âgée que son époux, Bathilde semble gouverner plus que Clovis II, qui meurt le 31 octobre 657 vers l’âge de 22 ans. En raison du peu d’actions réalisées sous son règne, Clovis II  sera le premier à être qualifié de roi « fainéant » par la postérité.  C’est oublier que son véritable règne fut très court, le jeune roi ayant longtemps été dominé par sa mère et par le maire du palais Erchinoald. Par la suite, des rumeurs prétendront que Clovis II avait sombré dans la folie à la fin de sa vie. Bathilde devient régente au nom de ses jeunes fils. Elle va alors attribuer l’entièreté du royaume de Neustrie et de Bourgogne à son aîné fils, Clotaire III (au détriment des deux autres), dans le but de mettre fin aux guerres pour le pouvoir, qui ont souvent déchiré des fratries par le passé. Mais bientôt, son second fils, Childebert, ceint la couronne d’Austrasie.

En effet, le royaume d’Austrasie était gouverné par le demi-frère de Clovis II,  Sigebert III. Jusqu’à la mort de celui-ci, en 656, le maire du palais Grimoald intrigue pour que le trône revienne à son propre fils au décès de Sigebert III : le roi étant sans héritier mâle, Grimoald lui fait adopter le sien, qui devient son successeur. Lorsque l’épouse de Sigebert, la reine Himnehilde, met au monde un garçon vers 652 (le futur Dagobert II), le maire du palais le fait passer pour mort et l’exile en Angleterre. A la mort de Sigebert III, Himnehilde fait appel à Clovis II et Bathilde, afin de reverser le nouveau roi, Childebert « l’Adopté », qui a pris le pouvoir. En échange de leur aide, la veuve de Sigebert III propose de marier à sa fille Bilichilde, unique héritière de la couronne d’Austrasie, au second fils de Clovis II. Ainsi, au terme de plusieurs années de conflit, Grimoald et son fils sont renversés et exécutés en 662. Le jeune Childéric II, 9 ans, devient alors roi d’Austrasie et s’installer dans son royaume, auprès de sa fiancée, sous la régence de la reine Himnehilde. 

Clovis II présentant Bathilde comme son épouse (lithographie de 1866)
Clovis II présentant Bathilde comme son épouse (lithographie de 1866)

Le peuple aime énormément Bathilde pour sa simplicité et sa droiture. Durant sa régence au nom de Clotaire III, la reine abolit la coutume qui permet aux seigneurs d’avoir des esclaves et interdit la vente des enfants. Sans doute Bathilde a-t-elle été traumatisée par son expérience personnelle. La reine s’intéresse beaucoup au développement des abbayes et fonde celles de Corbie et de Chelles, ainsi que plusieurs hôpitaux.

En 659, le maire du palais Erchinoald meurt et est remplacé par Ebroïn. Ce dernier est un homme puissant, avide et brutal. Il commence par charger d’impôts le peuple, ce qui entraîne bientôt une guerre civile. N’acceptant pas de couvrir les crimes que le maire du palais et les grands seigneurs commettent en son nom, Bathilde est contrainte de se retirer à l’abbaye de Chelles, en 664.

Bathilde assiste, de loin, à la mort de ses deux fils aînés. Sous la coupe d’Ebroïn, qui a fini par usurper l’autorité royale, Clotaire III n’a pas de réel pouvoir et meurt en 673, sans descendance officielle. Le maire du palais place alors sur le trône de Neustrie le dernier-né de Bathilde, Thierry III. Mais ce dernier est vite renversé par son frère, le roi d’Austrasie Childéric II, qui s’est affranchi de la tutelle d’Ebroïn. Tous les états francs sont désormais réunis, tandis que Thierry III est enfermé au couvent de Saint-Denis. Mais Childéric II ne reste pas roi des Francs bien longtemps : en 675, il est assassiné par l’élite de la Neustrie, en pleine forêt de Lognes (non loin de Chelles), avec son épouse Bilichilde (alors enceinte) et son fils aîné Dagobert. Ces meurtres reflètent, une fois de plus, les rivalités au sein d’une fratrie, auxquelles Bathilde avait tenté de mettre fin, en souhaitant ne porter sur le trône que l’aîné de ses fils. Seul le petit Daniel (né vers 670) échappe au massacre de sa famille et, écarté du pouvoir, est placé à Chelles sous la protection de sa grand-mère (il deviendra roi en 715 sous le nom de Chilpéric II).

Statue de Sainte Bathilde, réalisée par Victor Thérasse, en 1848 (jardin du Luxembourg, Paris)
Statue de Sainte Bathilde, réalisée par Victor Thérasse, en 1848 (jardin du Luxembourg, Paris)

Après l’assassinat de son frère, Thierry III est rétabli à la tête de la Neustrie, tandis que l’Austrasie revient à un certain Clovis III, un enfant qu’Ebroïn présente comme un fils de Clotaire III  : sa filiation reste incertaine et il s’agit probablement d’un imposteur placé sur le trône par le maire du palais, qui souhaite régner à travers lui. En 676, ce roi éphémère disparait et le trône d’Austrasie échoit au fils de Sigebert III, Dagobert II, revenu d’exil. A sa mort, en 679, les trois royaumes francs seront à nouveau réunifiés par Thierry III, qui devient bientôt totalement dépendant du nouveau maire du palais, son beau-frère Pépin de Herstal. Quant à la reine Bathilde, elle décède le 30 janvier 680, à l’abbaye de Chelles. Le pape Nicolas Ier la canonise au IXe siècle, pour ses actions en faveur de l’Eglise, et la petite esclave qui épousa un roi devient Sainte Bathilde pour la postérité. 

Bibliographie :

Histoire de France, depuis les origines gauloises jusqu’à nos jours (volume 3), par Amédée Gabourd
Les reines de France, par Paule Lejeune
Les rois fainéants : de Dagobert à Pépin le Bref (629-751), par Jean Verseuil
– La France, les Femmes et le Pouvoir : l’invention de la loi salique (Ve-XVIe siècle), par Eliane Viennot

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