Enigmes de l'Histoire

Philippe-Egalité a-t-il échangé sa fille pour un fils ?

En juillet 1823, une certaine Maria-Stella, baronne de Sternberg, entame en France une série de démarches afin de prouver qu’elle est de sang royal et la fille de Philippe-Egalité. On pourrait penser qu’il s’agit là d’une aventurière. Après tout, combien de personnes se sont présentées comme étant Louis XVII ? Or, il apparaît bien vite que la baronne est une dame de haut rang. Née le 16 avril 1773, elle est civilement la fille de Lorenzo Chippini, geôlier d’une prison en Italie. Elle a épousé un vieil aristocrate Anglais, lord Newborough qui lui laisse une grande fortune à sa mort. Maria-Stella devient ensuite la femme du baron de Sternberg.

A sa mort en 1820, Chiappini laisse une lettre à Maria-Stella dans laquelle il avoue qu’il n’est pas son vrai père. Il confesse avoir échangé son fils nouveau-né avec la fille d’une personne de haute naissance, sans dévoiler  l’identité de celle-ci. Maria-Stella commence ses recherches et finit par trouver la trace d’un couple nommé Joinville, qui était de passage dans sa ville natale, Modigliana. En 1824, Maria-Stella est reconnue officiellement comme étant la fille de ce mystérieux Monsieur  Joinville. Mais qui était cet homme ? Pour Maria-Stella il est certain que Monsieur Joinville est Louis-Philippe-Joseph d’Orléans. La jeune femme avance plusieurs arguments : la confrontation entre des descriptions de l’époque, faites par des personnes qui ont vu ce Monsieur Joinville, et les portraits de Philippe-Egalité montrent une certaine ressemblance. Le duc et la duchesse d’Orléans ont voyagé plusieurs fois son le nom d’emprunt de Joinville. Enfin,  l’un des fils de Louis-Philippe d’Orléans porte le titre de prince de Joinville.

philippe_egalite.jpg
Louis-Philippe Joseph d’Orléans (par Michel Garnier)

Maria-Stella avance qu’en 1773, Marie-Adélaïde de Penthièvre aurait mis au monde une fille. Le duc d’Orléans, alors duc de Chartres, aurait échangé sa fille avec le fils que l’épouse de Chiappini vient de mettre au monde. En effet, en 1771, la duchesse de Chartes a accouché avant terme d’une fille mort-née et on doute alors  qu’elle puisse de nouveau porter un enfant. La seconde grossesse de 1773 aurait été considérée comme un miracle, d’autant et le duc de Chartres désire un garçon pour que la dynastie des Bourbon-Orléans ne s’éteigne pas. Avoir une fille l’aurait fort contrarié et, “moyennant finances” comme Chiappini le disait dans sa lettre, il aurait adopté le fils du geôlier à qui il aurait confié sa fille légitime. Si la théorie avancée par la baronne était exacte, cela revient à dire que Louis-Philippe Ier, alors roi des français,  est un usurpateur et n’aurait jamais dû régner. La principale objection aux dires de la baronne c’est que Louis-Philippe est né en octobre 1773 et non en avril 1773, mois de naissance de Maria-Stella. Lorsque la baronne vient au monde, le futur roi des français est encore dans le ventre de sa mère. Et lors de la naissance de l’enfant du duc de Chartres, le 6 octobre 1773, des dizaines de personnes sont témoins de l’accouchement. Difficile par la suite de substituer une fille avec un garçon.

Marie_Ad_la_de_de_penthievre.jpg
Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre (par Jean-Baptiste Le Tellier)

Malgré l’évidence, Maria-Stella se contente de ses certitudes jusqu’à sa mort, le 23 décembre 1843, ne cessant de proclamer qu’elle est une princesse d’Orléans et n’ayant de cesse de rassembler des partisans. Elle décédé d’ailleurs en léger état de trouble mental. Aujourd’hui des historiens évoquent bien la probable substitution de Maria-Stella mais font de son père un souverain local (Este, Parme, Modène, Deux-Siciles, Toscane). Maria-Stella pourrait également être la fille d’un membre d’une famille princière italienne, qui aurait utilisé le nom de “comte de Joinville” pour dissimuler sa véritable identité – laquelle était connue des autorités locales. Il s’agit probablement un membre d’une importante famille régnante, soucieux de sa succession. Il est donc fort possible que la baronne de Sternberg soit de sang royal mais pas de celui des Bourbon-Orléans.

Leave a Reply