Enigmes de l'Histoire

Philippe-Egalité a-t-il échangé sa fille pour un fils ?

En juillet 1823, une certaine Maria-Stella, baronne de Sternberg, entame en France une série de démarches afin de prouver qu’elle est de sang royal et la fille de Louis-Philippe-Joseph d’Orléans (1747-1793), plus connu sous le nom de  Philippe-Egalité. On pourrait penser qu’il s’agit là d’une aventurière. Après tout, combien de personnes se sont présentées comme étant Louis XVII  après la Restauration ? Or, il apparaît bien vite que la baronne est une dame de haut rang. Née le 16 avril 1773, elle est civilement la fille de Lorenzo Chiappini, geôlier d’une prison en Italie. Elle a épousé un vieil aristocrate anglais, lord Newborough (né en 1736) de qui a elle deux fils. A sa mort de son mari, Maria-Stella hérite d’ une grande fortune et devient, en 1810, la femme du baron de Sternber, Edouard Von Ungern, dont elle a un fils.

Louis-Philippe Joseph d’Orléans, par Michel Garnier (1777)
Louis-Philippe Joseph d’Orléans, par Michel Garnier (1777)

A sa mort en 1821, Lorenzo Chiappini laisse une lettre à Maria-Stella, dans laquelle il avoue qu’il n’est pas son vrai père. Il confesse avoir échangé son fils nouveau-né avec la fille d’une personne de haute naissance, sans dévoiler  l’identité de celle-ci. Maria-Stella entame des recherches et finit par trouver la trace d’un couple nommé Joinville, qui était de passage dans sa ville natale, Modigliana. En 1824, Maria-Stella est reconnue officiellement comme étant la fille de ce mystérieux Monsieur Joinville. Mais qui était cet homme ? Pour Maria-Stella il est certain que Monsieur Joinville est Louis-Philippe-Joseph d’Orléans. La jeune femme avance plusieurs arguments : la confrontation entre des descriptions de l’époque, faites par des personnes qui ont vu ce Monsieur Joinville, et les portraits de Philippe-Egalité montrent une certaine ressemblance. Le duc et la duchesse d’Orléans ont également voyagé plusieurs fois son le nom d’emprunt de Joinville. Enfin,  l’un des petits-fils de Philippe-Egalité, François d’Orléans, porte le titre de prince de Joinville.

Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, par Jean-Baptiste Letellier (XVIIIe siècle)
Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, par Jean-Baptiste Letellier (XVIIIe siècle)

Maria-Stella avance qu’en 1773, l’épouse du futur Philippe-Egalité, Marie-Adélaïde de Penthièvre (1753-1821) aurait mis au monde une fille. Le duc d’Orléans, alors duc de Chartres, aurait échangé sa fille avec le fils que l’épouse de Lorenzo Chiappini (décédée en 1820) vient de mettre au monde. En effet, en 1771, la duchesse de Chartes a accouché avant terme d’une fille mort-née et à l’époque, on doute qu’elle puisse de nouveau porter un enfant. C’est un drame pour la famille Orléans, le duc de Chartres n’ayant pas de frère pour hériter de ses titres, à défaut d’enfant mâle à qui les transmettre. Contre toute attente, Marie-Adélaïde de Penthièvre est à nouveau enceinte en 1773. Cette seconde grossesse est considérée comme un miracle, d’autant et le duc de Chartres désire un garçon pour que la branche des Bourbon-Orléans ne s’éteigne pas. Avoir une fille l’aurait fort contrarié et, “moyennant finances” comme Chiappini l’écrit dans sa lettre, il aurait adopté le fils du geôlier à qui il aurait confié sa fille légitime… sans pourvoir prédire que la duchesse de Chartres allait mettre au monde deux garçons, en 1775 et 1779. 

Si la théorie avancée par la baronne était exacte, cela revient à dire que Louis-Philippe Ier, roi des Français depuis 1830,  est un usurpateur et n’aurait jamais dû régner. La principale objection à la thèse de la baronne c’est que Louis-Philippe est né en octobre 1773 et non en avril 1773, mois de naissance de Maria-Stella. Lorsque la baronne vient au monde, le futur roi des Français est encore dans le ventre de sa mère. Et lors de la naissance de l’enfant du duc de Chartres, le 6 octobre 1773, des dizaines de personnes sont témoins de l’accouchement. Difficile par la suite de substituer une fille avec un garçon…

Gravure de Maria-Stella à la fin de sa vie "victime de l'ambition"
Gravure de Maria-Stella à la fin de sa vie “victime de l’ambition”

Malgré l’évidence, Maria-Stella se contente de ses certitudes jusqu’à sa mort, le 23 décembre 1843, ne cessant de proclamer qu’elle est une princesse d’Orléans et tentant de rassembler des partisans. Elle décédé d’ailleurs en léger état de trouble mental. Aujourd’hui des historiens évoquent bien la probable substitution de Maria-Stella mais font de son père un souverain local (Este, Parme, Modène, Deux-Siciles ou Toscane). Maria-Stella pourrait également être la fille d’un membre d’une famille princière italienne, qui aurait utilisé le nom de “comte de Joinville” pour dissimuler sa véritable identité – laquelle était connue des autorités locales. Il s’agit probablement un membre d’une importante famille régnante, soucieux de sa succession. Il est donc fort possible que la baronne de Sternberg soit de sang royal mais pas de celui des Bourbon-Orléans.

Bibliographie : 

D’Orléans ou Chiappini ? : secret diplomatique de Modigliana de Paul Dumont

Les Orléans : princes et princesses (1640-1886) de Jean Guénot

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