Destins brisés

Louise-Gabrielle de La Baume Le Blanc, éphémère duchesse de Choiseul

Fille aînée de Jean-François de La Baume Le Blanc, marquis de La Vallière , et de Gabrielle Glé, Louise-Gabrielle naît en 1665. Son père n’est autre que le frère de celle qui est alors la maîtresse de Louis XIV, Louise de La Vallière. Jean-François de La Baume Le Blanc profite sans doute de la faveur de sa sœur, puisqu’il fait un brillant mariage en juin 1663, alors que Louise est enceinte du roi. Son épouse Gabrielle est la fille unique de Jean Glé, seigneur de La Cottardaye, et de Marie Françoise de Montigny, comtesse de Beaufort. Sa fortune fait dire à Roger de Bussy-Rabutin que c’est “une héritière bonne pour un prince”. A cette date, Jean-François de La Baume Le Blanc intègre également la maison militaire du dauphin.  Louise-Gabrielle est le premier enfant du couple et est élevée avec sa cousine, Marie-Anne de Bourbon, née en 1666 des amours de Louis XIV et de sa tante Louise. Celle-ci veille de loin sur sa nièce, lui accordant une rente de 2.000 livres en 1675, avant d’entrer au Carmel.  Louise-Gabrielle se retrouve orpheline de père l’année suivante, lequel laisse de nombreuses dettes derrière lui, “dépassé par son train de vie aristocratique”. 

Jean-François de La Baume Le Blanc, par l'Ecole Française, 1659
Jean-François de La Baume Le Blanc, par l’Ecole Française, 1659

Le 30 juillet 1681, la jeune Louise-Gabrielle contracte une prestigieuse alliance en épousant un brillant officier, quoique bien plus âgé qu’elle : César-Auguste de Choiseul (1637-1705), comte du Plessis Praslin. Bien qu’à cette époque, Louise de La Vallière ait quitté la cour, Louise-Gabrielle reste la cousine de la fille légitimée du roi, dont elle est très proche, ce qui peut expliquer l’union avec la famille de Choiseul. La jeune fille doit également hériter de sa mère, Gabrielle Glé, qui, face à la mauvaise gestion des finances par son époux, avait demandé une séparation des biens en 1674. Désormais mariée, la nouvelle comtesse du Plessis Praslin suit les traces de sa mère en devenant dame d’honneur de la reine Marie-Thérèse. Elle le restera jusqu’à la mort de la souveraine, en juillet 1683. En 1684, César-Auguste hérite du titre de duc de Choiseul suite au décès de son neveu, mort sans alliance.  Trois enfants naissant de son mariage avec Louise-Gabrielle : 

– Marie Louise Gabrielle (1683-1710), sans alliance
– César (1688-1690)
– Marie Louise Thérèse (1692-1720), sans alliance

La mort de son fils unique est un drame pour Louise-Gabrielle : son époux lui reproche de ne lui faire que des filles alors qu’il souhaite des héritiers mâles. Le duc de Saint-Simon note, à propos du duc de Choiseul, que c’est “un homme dur qui ne voulait que des garçons et laissait mourir ses filles de faim“. En effet, César-Auguste de Choiseul se désintéresse de ses filles qui sont élevées à Laon par sa sœur, Marie-Chrétienne, abbesse du Sauvoir. Le duc de Choiseul ne se soucie pas d’établir ses filles et celles-ci, de santé fragile, décéderont  prématurément sans s’être mariées.  

La duchesse de Choiseul, en Diane, par Jean-Baptiste Oudry (posthume, 1704)
La duchesse de Choiseul, en Diane, par Jean-Baptiste Oudry (posthume, 1704)

Malheureuse dans son mariage, la jeune duchesse de Choiseul aurait, d’après les rumeurs, suivi les traces de sa tante – Louise de La Vallière – en devenant la maîtresse du Grand Dauphin, fils de Louis XIV, qu’elle croise souvent chez sa cousine Marie-Anne, devenue princesse de Conti. Au dauphin, succède le maréchal de Luxembourg. Les liaisons de Louise-Gabrielle sont connues de tous la cour, car la duchesse n’est pas discrète. Le duc de Saint-Simon rapporte : “Elle était belle et faite en déesse et ne bougeait d’avec Mme la Princesse de Conti dont elle était cousine germaine et intime amie. Elle avait eu des galanteries en nombre et qui avaient fait grand bruit”.  Le roi, qui mène désormais une vie rangée, déplore le comportement la duchesse de Choiseul et tente de la faire corriger, en vain, par la princesse de Conti, puis par son époux, lequel souhaite d’ailleurs obtenir la bâton de maréchal. Saint-Simon témoigne : “Il [le roi] se servit pour cela de la promotion et chargea M. de la Rochefoucauld, ami intime du duc de Choiseul, de lui représenter le tort que lui faisait le désordre public de sa femme, de le presser de la faire mettre dans un couvent, et de lui faire entendre s’il avait peine à s’y résoudre, que le bâton qu’il lui destinait était à ce prix.”

Le duc de Choiseul est blessée dans son orgueil qu’un tel marché lui soit proposé : le titre de Maréchal de France non pour “ses services et  la réputation qu’il avait justement acquise à la guerre” mais en contrepartie de faire enfermer son épouse au couvent. Fier, l’époux bafoué refuse la proposition du roi, et reporte sa colère sur Louise-Gabrielle, “la chassant de chez lui et s’en séparant pour toujours”, en 1693.  Bien qu’ils habitent chacun  un logement différent, il arrive cependant au duc de Choiseul de rendre visite à son épouse, laquelle prend bientôt un nouvel amant, en la  personne du chevalier Louis-Joseph d’Albert de Luynes (1672-1758). 

"Jeune femme en Diane et ses chiens" (la duchesse de Choiseul ?) par l'atelier de Jean-Baptiste Oudry (XVIIIe siècle)
“Jeune femme en Diane et ses chiens” (la duchesse de Choiseul ?) par l’atelier de Jean-Baptiste Oudry (XVIIIe siècle)

Le 8 octobre 1697, Louise-Gabrielle accouche secrètement d’une petite fille prénommée Augustine Françoise. Il est peut probable que le duc de Choiseul soit le véritable père de la fillette. En effet, lorsqu’elle se découvre enceinte, la duchesse est séparée depuis plusieurs mois de son époux, qui se trouve d’ailleurs en Italie où il occupe la fonction d’ambassadeur. Il est plus plausible que l’enfant ait pour père le  chevalier de Luynes. Comme l’a fait sa tante paternelle avant elle, lorsqu’elle donnait des enfants illégitimes à Louis XIV,  Louise-Gabrielle confie la petite Augustine Françoise à une amie, Marie-Françoise de Pompadour, marquise d’Hautefort, qui élève secrètement la fillette sous le nom de Mademoiselle de Saint-Cyr. 

Après l’échec de son mariage et le scandale de ses liaisons adultérines, Louise-Gabrielle voit de nombreuses personnes prendre leurs distances vis-à-vis d’elle, y compris ses amants. Délaissée, la duchesse tombe malade et décède le 7 novembre 1698, à l’âge de 33 ans, probablement de la tuberculose pulmonaire. Le duc de Choiseul ne manifeste aucune peine et refuse de voir sa femme une dernière fois lorsque celle-ci est à l’agonie.  Louise-Gabrielle laisse à la cour le souvenir d’une femme légère, comme en témoigne le duc de Saint-Simon : “La duchesse de Choiseul mourut pulmonique, belle et faite au tour, avec un esprit charmant, et à la plus belle fleur de son âge, mais d’une conduite si déplorable qu’elle en était tombée jusque dans le mépris de ses amants”. 

Louis-Joseph d'Albert de Luynes, par Jean Chevalier, 1732
Louis-Joseph d’Albert de Luynes, par Jean Chevalier, 1732

A la mort de sa cousine, la princesse de Conti prend en charge ses deux filles aînées, réglant les dettes de leur mère et obtenant pour elles une pension sur le trésor royal. 

Augustine Françoise sort de l’ombre après la mort de ses sœurs – qui ignoraient son existence –  afin d’être autorisée à porter le nom  du défunt duc de Choiseul et de revendiquer son héritage. Elle porte sa demande devant le Parlement, en février 1724.  La jeune femme parvient à prouver que César Auguste de Choiseul, bien que séparé de son épouse, continuait à lui rendre visite, et qu’il était revenu brièvement de Turin, en janvier 1697 (pour une naissance le 8 octobre de la même année). Bien que le duc de Choiseul n’ait jamais évoqué cette enfant (il  ne fait mention que de ses deux premières filles dans son testament), cela ne peut remettre en cause sa paternité. De ce fait – et bien que pour les contemporains, il est très peu probable que la jeune femme soit la fille légitime du défunt duc – Augustine Françoise est autorisée par le Parlement, en 1726, à porter le nom de Choiseul.  De santé fragile – comme sa mère et ses sœurs – Augustine Françoise décède, sans alliance, en juillet 1728, âgée de seulement 30 ans. 

Laisser un commentaire