Sous la Russie Impériale

Quand Catherine II trembla pour son trône

Depuis l’assassinat de son époux, le Tsar Pierre III le 9 juillet 1762 – il n’était Tsar que depuis sept mois – Catherine II, qui est à l’origine du meurtre de son mari, gouverne d’une main de fer la Russie impériale. Or, en 1772, une jeune femme met en péril la stabilité instaurée par la Tsarine. Il s’agit de la princesse Aly-Emetey de Vlodomir, qui se dit née de parents inconnus et élevée en Allemagne puis en Perse. C’est là-bas qu’un prince aurait reconnu en elle une princesse russe, appartenant à la lignée des Tsars. Convaincue de sa haute naissance, la princesse de Voldomir voyage à travers l’Europe (Paris, Londres, Berlin), entourée d’une petite cour , et clame être la fille de la Tsarine Elisabeth Ire. Fille de Pierre Ier (1672-1725), Elisabeth Ire (1709-1762) se marie secrètement avec son amant, Alexis Razoum, peu avant sa mort. Elle n’a jamais contracté un mariage princier et n’a pas eu d’enfants. A sa mort, la couronne passe à son neveu, Pierre III. Notre princesse se dit pourtant fille d’Elisabeth et d’Alexis. Certains historiens travaillant sur le sujets ont émis l’hypothèse que la Tsarine Elisabeth avait pu avoir un enfant – ou deux – de son amant, avant de l’épouser. Ces enfants auraient porté le nom de « Tarakanov » et depuis son retour de Perse, Aly-Emetey se fait justement appeler « princesse Tarakanova ». De ce fait, si elle est bien la fille d’Elisabeth Ire, c’est elle et non Catherine II –  épouse allemande  du neveu d’Elisabeth, qui est parvenue à s’installer au pouvoir par un assassinat – qui devrait régner.

Catherine II, par Fyodor Rokotov (1770)
Catherine II, par Fyodor Rokotov (1770)

Les russes, qui n’aiment guère Catherine pour la plupart d’entre eux, provoquent des soulèvements contre la Tsarine et la princesse Tarakanova trouve de nombreux partisans, prêts à l’aider à s’asseoir sur le trône. Quant aux polonais, ils haïssent Catherine pour la cruauté dont elle fait preuve vis-à-vis de leur pays. Au lieu de causer un scandale qui ternirait à jamais l’image de la Pologne en assassinat Catherine, ils s’allient à la nouvelle prétendante au trône. Au début de l’année 1774, « La Tarakanova » comme on appelle la princesse, est à Venise où on la traite comme la fille d’Elisabeth Ire. Catherine II ne supporte pas l’affront et met au point une machination avec son commandant de la flotte russe, Alexis Orlov : ce dernier séduit la princesse et lui jure qu’il l’aidera à monter sur le trône, puis la demande en mariage. Amoureuse et heureuse d’avoir trouvé un appui, la princesse Tarakanova accepte. La cérémonie de mariage doit se dérouler sur le navire d’Orlov, en territoire russe. A peine la princesse est-elle à bord  -dans sa splendide robe de mariée ! – qu’elle est arrêtée et conduite à Saint-Pétersbourg. Son obstination à affirmer qu’elle est la fille d’Elisabeth Ire lui ait fatale : La Tarakanova est enfermée dans la forteresse de la ville. Les conditions de vie de la princesse sont très dures et bientôt sa santé décline. Le Chancelier de Catherine II va jusqu’à demander à la Tsarine qu’on adoucisse le sort de la prisonnière, alors que c’est lui qui l’a fait mettre en prison. Catherine refuse et La Tarakanova meurt le 4 décembre 1775.

"La légende de la mort de la Tarakanova, lors d'une inondation", par Constantin Flavitski (1864)
« La légende de la mort de la Tarakanova, lors d’une inondation », par Constantin Flavitski (1864)

De nombreuses hypothèses ont circulé sur la véritable identité de celle que ce disait princesse russe. Pour certains, elle était la fille boulanger allemand,  pour d’autres,  sa mère était une juive polonaise. Mais, au même titre de ces suppositions, on pourrait aussi supposer qu’Elisabeth Ire et Alexis Razoum ont eu des enfants, restés dans l’ombre. Reste à savoir si La Tarakanova en faisait partie. Si celle-ci était bien de sang royal, alors Catherine II a volontairement laissé mourir l’héritière légitime du trône de Russie. Mais l’épouse de Pierre III n’était du genre à laisser sa place sans combattre. 

Partager sur :

FacebookTwitterGoogleEmail this pagePrint this page


Publicités

Laisser un commentaire