Sous la Russie Impériale

Dimitri II : un imposteur devenu tsar

Né en 1557, Féodor Ivanovitch devint tsar de Russie en 1584. Fils d‘Ivan IV « le Terrible » et d’Anastasia Romanovna, Féodor est le seul enfant mâle du couple à être encore en vie au décès de son père.  Cependant, Féodor n’a pas les qualités de son défunt frère aîné, le tsarévitch Ivan (1554-1581), tué accidentellement par leur père, au cours d’une violente dispute. Le nouveau tsar est considéré comme « simple d’esprit, peu apte aux affaires politiques et superstitieux à l’extrême ». Le peuple surnomme Féodor « le sonneur de cloches », car sa grande passion est de se réfugier dans les clochers et…d’en sonner les cloches ! A l’âge de 25 ans, il se comporte toujours comme un enfant, sans pour autant être atteint d’idiotie. Pour la première fois en Russie, le tsar ne gouverne pas, au profit d’un conseil de Régence. Le pays assiste à la montée en puissance du beau-frère et conseiller de Féodor : Boris Godounov.  Dès 1587, ce dernier assure seul le pouvoir, ayant neutralisé ou éliminé les autres conseillers du tsar.

Feodor Ier (peintre anonyme), XVIe siècle
Feodor Ier (peintre anonyme), XVIe siècle

De son union avec la sœur de son conseiller favori, Irène Godounov, Féodor Ier n’a toujours pas d’enfant et son successeur demeure son jeune demi-frère, Dimitri. Né en 1583, il est le dernier fils d’Ivan le Terrible, issu de son union avec Maria Nagaïa. Considéré par de nombreuses personnes comme le futur tsar de Russie, Dimitri est un obstacle aux projets de Boris Godounov. Le 15 mai  1591, l’enfant est retrouvé mort, égorgé. La rumeur accuse de suite Boris Godounov d’avoir fait assassiner le tsarévitch, afin de s’approprier le pouvoir après la mort de Féodor. Mais officiellement, le petit Dimitri est mort accidentellement : pris d’une crise d’épilepsie alors qu’il jouait avec un couteau, l’enfant est tombé et, glissant sur la lame, s’est tranché la gorge ! Bien que cette explication semble douteuse, et que certains continuent de croire à un assassinat, l’affaire semble close, d’autant que le peuple peut bientôt se réjouir : Irène Godounov est enceinte !  En 1592, l’épouse du tsar met au monde un enfant. Hélas, il s’agit d’une fille, prénommée Feodosia, qui meurt l’année suivante. 

Comme cela était prévisible, à la mort de Féodor, le 6 janvier 1598, Boris Godounov se fait élire tsar par les états généraux. Cependant, le nouveau maître de la Russie devient vite impopulaire : réformateur, il  choque son peuple par sa tolérance religieuse et son souhait de se rapprocher de l’Occident. En légalisant le servage, le tsar s’attire également  la haine des paysans. De 1601 à 1603, la famine décime la Russie et Boris Godounov doit faire face à un pays ravagé par les morts, les désordres et de nombreux pillages.

Boris Godounov, tsar de Russie (anonyme, XVIIe siècle)
Boris Godounov, tsar de Russie (anonyme, XVIIe siècle)

En 1604, un jeune homme arrive à Moscou, prétendant être le tsarévitch Dimitri, officiellement mort en 1591. Le peuple, mécontent de Boris Godounov, se rallie rapidement à lui. A la cour de Russie, Dimitri trouve également des appuis militaires, et rassemble autour de lui toutes les classes sociales (les paysans, les grands propriétaires, la noblesse) qui ne soutiennent plus le tsar. Le crédit de Dimitri est renforcé par la présence de Maria Nagaïa à ses côtés, laquelle affirme reconnaître en lui son fils disparu. En avril 1605, Boris Godounov meurt subitement. Des rumeurs d’empoisonnement – et même de suicide – circulent mais le tsar défunt n’est pas regretté. Son fils unique de 16 ans lui succède sous le nom de Féodor II mais ne parvient pas à s’imposer : il est assassiné avec sa mère, le 20 juin par les boyards (nom donné aux aristocrates russes), qui ont pris le contrôle de Moscou. Dimitri est alors proclamé tsar de Russie et, dans un premier temps, il poursuit la politique menée par Ivan le Terrible (afin, sans doute, d’affirmer sa légitimité).

Dimitri II, tsar de Russie, par Szymon Boguszowicz (vers 1606)
Dimitri II, tsar de Russie, par Szymon Boguszowicz (vers 1606)

Reconnu pour son intelligence, Dimitri II devient pourtant vite impopulaire, à cause de ses réformes sociales et économiques, ainsi que sa sympathie pour l’Occident, qu’il exprime à travers ses pratiques catholiques, ce qui choque la noblesse orthodoxe. Le 8 mai 1606, Dimitri II épouse Marina Mniszek, de noblesse polonaise. L’union est désapprouvée par le peuple russe, qui a l’impression de se faire envahir par l’Europe. Peu après des révoltes éclatent à Moscou : le 17 mai, le tsar est renversé et égorgé. Aussitôt, Maria Nagaïa revient sur ses déclarations et reconnaît Dimitri II comme étant un usurpateur. Ce faux Dimitri était bien un imposteur du nom de Grégori Otrepiev : né en 1582, il avait été au service de la famille Romanov. Il avait côtoyé des personnes proches du pouvoir, ce qui l’avait aidé à se faire passer pour le défunt fils d’Ivan IV. 

Après l’assassinat du faux tsar Dimitri, la Russie entre dans une période de tensions. Le prince Vassili Chouiski, appartenant à l’une des plus importantes familles de la noblesse, est élu tsar sous le nom de Vassili IV, par ses partisans. Mais très vite, il doit faire face au mécontentement d’un grand nombre de russes, qui refusent de reconnaître en lui le tsar. Alors que Vassili tente d’asseoir sa légitimité, un jeune homme jette à nouveau le trouble en 1607 : l’inconnu prétend être Dimitri II, qui aurait miraculeusement survécu à son « assassinat » l’année précédente ! Sa « veuve » Marina Mniszek, le reconnaît comme étant bien son époux. Pour ceux qui ne croient pas à cette « fable », il est clair que le comportement de l’ancienne tsarine est dicté par l’ambition de revenir sur le trône par tous les moyens. Moscou est alors divisé en deux camps : ceux qui soutiennent Vassili IV et ceux qui, opposés à son élévation, prennent le parti de ce nouveau Dimitri.

 

Marina Mniszek, épouse de Dimitri II,  par Szymon Boguszowicz (vers 1606)
Marina Mniszek, épouse de Dimitri II, par Szymon Boguszowicz (vers 1606)

La crédibilité de « Dimitri » s’émousse rapidement car il ne convainc pas longtemps ses partisans. Ce deuxième imposteur, dont on ignore les origines, est assassiné en 1610 dans des circonstances obscures, sans doute trahi par les siens. Marina Mniszek est alors enceinte de lui et accouche d’un fils en janvier 1611, prénommé Ivan et surnommé « le petit brigand » par les contemporains. Un nouveau tsar est porté au pouvoir le 21 février 1613 : Michel Romanov (1596-1645), petit-neveu d’Anastasia Romanovna (première épouse d’Ivan IV).  Mais Marina Mniszek continue de revendiquer la couronne pour son fils, et tente de lever une armée contre Michel Ier. Capturée en 1614, elle est emprisonnée et meurt peu de temps après, de maladie ou peut-être assassinée. Quant au petit Ivan, il est pendu cette même année en dépit de son jeune âge, afin de faire disparaître toute menace potentielle sur le règne du nouveau tsar. 

Avec la disparation du faux Dimitri et de sa famille, l’autorité de Michel Ier ne peut plus être contestée. Après des années de troubles et de guerres civiles, la Russie retrouve enfin sa stabilité, avec la montée au pouvoir d’une dynastie qui régnera plus de trois siècles.

Bibliographie : 

– Les plus grandes impostures de l’histoire, par Eric Chaline
– Histoire de la Russie : d’Ivan le terrible à Nicolas II (1547-1917), par Pierre Gonneau 
– Histoire de la Russie et de son Empire, par Michel Heller 

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