Membres de la famille Royale

François de Valois-Angoulême, dauphin de France, fils de François Ier

Dans le courant de l’année 1517, la reine Claude de France annonce une troisième grossesse. Toute la cour fonde beaucoup d’espoir sur cette future naissance car les deux premiers enfants que l’épouse de François Ier a mis au monde sont des filles. Or, il faut un fils au roi pour établir sa lignée : en effet, en l’absence d’enfant mâle, le roi-chevalier a hérité la couronne de son cousin, Louis XII, le père de Claude. Celle-ci est consciente de son premier devoir  – là où sa mère, Anne de Bretagne,  a échoué  – qui est de donner des fils à la couronne : “La reine Claude désirait pour le bien de la France un dauphin” et multiplie les prières pour voir ses vœux exaucés, invoquant Saint François de Paule. 

Le 28 février 1518, la reine accouche, au château d’Amboise, d’un fils. Le nouveau-né est prénommé François, comme le roi mais également en référence à François de Paule, après que Claude ait prié sur son tombeau pour la naissance d’un dauphin. Le petit prince est baptisé le 25 avril, à Amboise. A cette occasion, le pape Léon X fait l’honneur à François Ier d’être le parrain de son fils (il se fait représenter par son neveu, Laurent II de Médicis) tandis que Marguerite d’Angoulême, sœur au roi, est désignée pour être la marraine. Après la naissance du dauphin – sur qui reposent les espoirs de la dynastie – Claude mettra au monde quatre autres enfants, dont deux garçons : le duc d’Orléans en 1519 et le duc d’Angoulême, en 1522. 

François Ier jeune par Jean Clouet (vers 1515) et Claude de France par Corneille de Lyon (posthume, vers 1535)
Les parents du dauphin : François Ier, par Jean Clouet (vers 1515) et Claude de France, par Corneille de Lyon (posthume, vers 1535)

Epuisée par sept grossesses consécutives, la reine décède en 1524, entourée de ses enfants. Dans son testament, elle fait de “son très cher et très aimé fils aîné François, dauphin de Viennois et duc de Valentinois” son héritier universel. Ainsi, le jeune François hérite du duché de Bretagne, transmis à Claude par sa mère. Malgré les multiples demandes de François Ier, son épouse ne lui a jamais  cédé ses droits sur le duché, qui passe directement à son fils aîné lorsqu’elle meurt.  Mais très vite, les Etats de Bretagne tentent de contester le nouveau titre du dauphin, désirant que le duché échoie à son frère cadet : un moyen de garder leur indépendance par rapport à la couronne de France. La noblesse bretonne se soumettra finalement à François Ier, en 1532. 

En février 1525, François Ier perd la bataille de Pavie et est fait prisonnier par Charles Quint. Le roi ne peut regagner la France qu’en laissant en Espagne deux précieux otages : le dauphin et son frère Henri, duc d’Orléans. Les deux princes y demeurent de 1526 à 1530. Très heureux de revoir enfin son fils aîné après quatre années de séparation, François Ier le couvre d’éloge au détriment du cadet, le jeune duc d’Orléans. Le dauphin reste cependant fort marqué par ses années de captivité et de privation. C’est pourtant un prince aimable gai et sociable, qui réserve un bon accueil à sa belle-mère : en effet, la paix entre la France et l’Espagne est sellée par le mariage de François Ier avec la sœur de Charles Quint, Eléonore de Habsbourg, le 5 aout 1530. La nouvelle reine tient à se comporter avec ses beaux-enfants “comme si elle les eût portés dedans son ventre”. C’est à cette époque que l’on prévoit également une union entre le dauphin François et l’Infante du Portugal Maria (née en 1521), fille qu’Eléonore a eu de son premier époux, le défunt roi Manuel Ier.

Le dauphin François, par Jean Clouet (1521)
Le dauphin François, par Jean Clouet (1521)

Le fils aîné de François Ier semble avoir hérité de la joie de vivre et du charme de son père. Bon envers les autres, il est comparé par ses futurs sujets à son grand-père Louis XII et est surnommé, comme lui,  “le père du peuple”. Le 14 aout 1532, François reçoit la couronne ducale de Bretagne par l’évêque de Rennes, Yves Mahyeuc. Duc de Bretagne sous le nom de François III, le dauphin ne gouvernera pourtant jamais les terres héritées de sa mère :  en effet, le roi de France veille à conserver l’usufruit de la Bretagne, en raison du jeune âge de son fils.  

A l’image de son père, François prend une maîtresse : Mademoiselle de l’Estrange, née Charlotte de Maumont, fille d’honneur de la reine Eléonore et cousine du célèbre écrivain Brantôme . Le dauphin est charmé par la demoiselle dont il est dit qu’elle a bon cœur et qu’elle est belle comme un ange, comme le suggèrent ces vers écrits à son sujet : 

A la beauté de l’Estrange
Face d’ange
Je donne longue vigueur
Pourvu que son gentil cœur
Ne se change 

A la fin du mois d’octobre 1535, le roi apprend que Francesco II Sforza, dernier duc de Milan, vient de mourir sans héritier et décide de prendre la Savoie par les armes. Il envoie en tête des troupes le dauphin François et son frère cadet, le duc d’Orléans. François Ier doit, une fois de plus, combattre Charles Quint qui convoite également le duché.  Le dauphin, “doué d’un courage précoce” se réjouit de pouvoir affronter les espagnols pour pouvoir “laver l’affront que les troupes françaises avoient reçu à la bataille de Pavie”. 

François Ier au milieu de sa cour, par Jean Clouet 1534) : le dauphin est à la droite du roi
François Ier au milieu de sa cour, par Jean Clouet (1534) : le dauphin est à la droite du roi

C’est au cours de la guerre que le roi de France va perdre son fils aîné, pour lequel il “avoit une tendresse particulière”. Le 6 aout 1536, le dauphin se trouve au château de Tournon où il s’adonne au jeu de paume. Echauffé par l’énergie dépensé dans cet exercice et la chaleur de l’été, il demande un verre d’eau glacé. C’est après avoir bu que le dauphin est pris de “violents frissons” et doit s’aliter. François souffre d’une fièvre intense et de douleurs sur le côté droit. Il meurt le 10 aout sans que le médecins aient pu poser un diagnostique sur la maladie qui l’a terrassé.  

François Ier se trouve à Lyon quand il apprend le décès de son fils aîné.  Le roi peine à cacher son chagrin, s’exprimant ainsi : “Mon Dieu tu m’as déjà affligé par diminution de seigneuries et de la réputation de mes forces ; tu m’as ajouté maintenant cette perte de mon fils, que reste plus à présent sinon que tu me défasses de tout ?”.  Une lettre adressée au souverain par le cardinal de Tournon et le chancelier Antoine du Bourg  – qui accompagnaient le dauphin – laisse entendre que l’héritier du trône a été empoisonné. Il n’en faut pas plus à François Ier pour se persuader que son fils a été éliminé sur ordre de Charles Quint. Il fait arrêter l’écuyer qui a apporté le verre d’eau au dauphin, Sébastian de Montecuculli. Celui-ci est jugé, reconnu coupable d’assassinat et condamné à mort. A la cour, il se murmure également que se sont les Médicis qui ont empoisonné le prince. En effet, en 1533, François Ier a accepté que la jeune Catherine de Médicis épouse son fils puîné, le duc d’Orléans, car le roi voulait pour le dauphin un parti plus prestigieux qu’une “Florentine”, la future épouse de François étant amenée à devenir reine de France. Bien qu’un temps promis à l’infante du Portugal, le dauphin n’était pas encore marié. Dès lors, la famille de Catherine de Médicis n’avait qu’à éliminer l’héritier de la couronne pour permettre à la jeune femme de monter sur le trône de France. Certains avancent même que le dauphin est mort de ses nombreux “excès galants” avec Mademoiselle de l’Estrange ! 

François de France, dauphin et duc de Bretagne, par Corneille de Lyon (XVIe siècle)
François de France, dauphin et duc de Bretagne, par Corneille de Lyon (XVIe siècle)

Bien que beaucoup attribuent la mort du dauphin au poison, et que son écuyer ait avoué son “crime” sous la torture (avant de se rétracter),  l’autopsie du corps ne permet pas de confirmer cette hypothèse. Il est également possible que le jeune François ait succombé à une pleuro-pneumonie ou à une tuberculose pulmonaire (comme sa mère). En effet, cinq des sept enfants de François Ier sont emportés, jeunes, par des maladies qui présentent des similitudes avec la tuberculose : l’année suivant la mort du dauphin François, sa sœur Madeleine, depuis peu reine d’Ecosse, décède de ce mal à l’âge de 16 ans.  Face à la disparition de ses enfants, le roi ne peut que soupirer : “Dieu punit mon péché en m’enlevant mes enfants ! Il faut que je sois né sur une planète malheureuse sur laquelle je chemine toujours”

Le dauphin François est regretté unanimement car le prince avait gagné l’affection et l’estime de tous. A son fils Henri, désormais nouveau dauphin, le roi adresse ces mots au sujet de son aîné : “En sa mort [ce qui me réconforte] c’est la mémoire que j’ai de l’amour, et affection et faveur qu’il avait déjà acquise en ce royaume envers les grands et les petits. Mettez peine de l’imitez en sorte que vous le surpassiez”.  Inhumé à Tournon, le corps du dauphin François est transféré à Saint-Denis, à la mort de son père, en 1547. Quant à l’Infante du Portugal, un temps pressentie pour épouser le dauphin, elle meurt sans s’être mariée, en 1577.

Bibliographie : 

Les Morts mystérieuses de l’histoire par Augustin Cabanès
Claude de France : Première épouse de François Ier, mère d’Henri II par Henri Pigaillem
François Ier et sa famillele dauphin François (1518-1536) par Germaine Peyron-Montagnon
François Ier et la Renaissance
par Gonzague Saint Bris