Histoire des Reines

Isabelle de Hainaut faillit être répudiée à 14 ans

Le 28 avril 1180, le roi de France Philippe II – dit Philippe Auguste (1165-1223) prend pour épouse la jeune Isabelle de Hainaut, fille du comte du Hainaut, Baudouin V, et de Marguerite de Lorraine, comtesse de Flandre. Née le 23 avril 1170 à Valenciennes, la petite mariée n’a que 10 ans mais on regarde davantage la dot que l’âge de l’épousée : Isabelle apporte au royaume de France le Vermandois, le Valois, l’Amiénois et l’Artois. C’est sur l’instigation de son parrain, le comte de Flandre Philippe de Lorraine, que le roi a décidé de convoler avec la jeune princesse, qui amène à la couronne des terres importantes et qui descend du roi carolingien Charles II le Chauve. Le sacre d’Isabelle a lieu dès le 29 mai, à Paris.  

Le mariage de Philippe II et d'Isabelle de Hainaut (les Chroniques de Hainaut, XVe siècle)
Le mariage de Philippe II et d’Isabelle de Hainaut (les Chroniques de Hainaut, XVe siècle)

En 1184, Isabelle a tout juste 14 ans et Philippe Auguste décide de la répudier. Le roi doit en effet faire face à une coalition de vassaux parmi lesquels se trouvent le comte de Flandre et le comte de Hainaut, oncle et père d’Isabelle. Furieux que son épouse n’ait pas su rallier les siens à sa cause, Philippe II prétexte un lien de parenté avec la reine et, surtout, sa stérilité pour la répudier.  Peut-on vraiment parler de stérilité à l’ âge d’Isabelle, quand on sait que, durant les quatre années de mariage qui viennent de s’écouler, le roi n’a pas porté un vif intérêt à son épouse ?

Ainsi, en mars 1184, Philippe Auguste annonce publiquement qu’il  compte se séparer de son épouse, celle-ci étant incapable de lui donner un héritier. En dépit de son jeune âge, la reine entend bien ne pas se laisser faire, et défendre sa réputation tout comme sa position. Exilée, Isabelle se retire à Senlis. Elle se rend en l’Eglise de Saint-Vincent et sollicite l’aide de l’évêque Henry et de l’abbé Hugues, afin que son époux la rappelle auprès de lui. Ainsi, un matin, les habitants de Senlis voient la malheureuse reine en tenue de pécheresse, habillée d’une chemise blanche, un cierge à la main, marcher dans les rues de la ville, comme pour faire pénitence. C’est le jour où elle doit être officiellement répudiée et Isabelle prie Dieu d’avoir pitié d’elle. Le peuple est ému de voir la petite reine misérablement vêtue et intervient en sa faveur auprès de Philippe II afin qu’il la garde à ses côtés.

La reine Isabelle de Hainaut (lithographie du XIXe siècle)
La reine Isabelle de Hainaut (lithographie du XIXe siècle)

Devant la demande de son peuple, mais aussi celle du Pape Lucius II – Isabelle ayant rallié le clergé à sa cause – le roi n’a d’autre choix que de s’incliner s’il veut éviter un soulèvement de ses sujets et un conflit avec Rome. Phillipe Auguste a sous-estimé son épouse qui, plutôt que de s’emporter lorsqu’on lui a annoncé sa répudiation, a révélé ses talents politiques en parvenant à toucher l’Eglise et le peuple, grâce à une mise en scène ingénieuse. 

Le traité de Boves (“la paix d’Amiens”), signé en juillet 1185, met fin au conflit entre le roi et les seigneurs. Philippe II, qui s’est toujours montré froid et distant envers son épouse, revient vers elle après cette réconciliation. Le 5 septembre 1187, Isabelle met au monde un fils prénommé Louis (futur Louis VIII), ce qui met définitivement un terme aux rumeurs – infondées – de stérilité. Philippe Auguste, que la naissance d’un héritier a empli de joie, exige que l’on rende un immense hommage à la reine qu’il se met à apprécier. La naissance de ce fils n’est pas sa seule victoire puisque, sur le plan militaire, le roi est en train d’écraser la puissance des Plantagenets (les rois d’Angleterre). Philippe II souhaite qu’Isabelle soit “la plus grande et la plus honorée des reines de France”. 

Naissance de Louis VIII (les Grandes Chroniques de France, XIVe siècle)
Naissance de Louis VIII (les Grandes Chroniques de France, XIVe siècle)

A nouveau enceinte, la reine Isabelle meurt en couches le 15 mars 1190, dans sa vingtième année, après la naissance de jumeaux qui ne vivront pas. A l’époque, où accoucher est déjà synonyme de grands périls, les grossesses gémellaires laissent peu de chances de survie, à la mère comme aux nouveau-nés. Le roi, qui se préparait à partir en croisade aux côtés de Richard Cœur de Lion, prend le temps de faire à Isabelle d’importantes funérailles à Notre-Dame, à Paris. La reine y est inhumée dans le chœur de l’église “en grandes pompes” le 22 mars.

Lors de la restauration de la cathédrale, commandée par l’architecte Eugène Violet-le-Duc en 1857, la tombe d’Isabelle de Hainaut est retrouvée par les ouvriers. Outre l’inscription “Isabella regina Francorum Dei gratia”, les deux minuscules cercueils (des jumeaux mort-nés) placés à ses côtés, ne laissent alors pas de doute sur l’identité de la défunte. Ainsi, Isabelle de Hainaut est l’une des rares reines de France dont on possède encore les restes. 

Bibliographie :

Accoucher comme une reine : du rêve au cauchemar de Jean-François Amiot 
Divorce et dynastie de Michel Lhospice
Abbaye royale de Saint-Vincent de Senlis : histoire et description de M. l’Abbé Magne 
Une oubliée de l’Histoire : Isabelle de Hainaut, petite reine de France de Christine Yackx
Notre-Dame de Paris, 1163-1963 : exposition du huitième centenaire  par la Direction des archives de France 

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