Les enfants royaux

08.Louise-Marie, fille de Louis XV

Sitôt après la naissance des jumelles Elisabeth et Henriette, la reine Marie Leszczynska est à nouveau enceinte. Tout le monde espère un dauphin mais, le 28 juillet 1728, c’est une nouvelle fille qui naît et qui portera le titre de Madame Troisième. A Versailles, c’est la déception et on supprime les réjouissances prévues, car on espérait bien la naissance d’un dauphin : « La consternation est générale » note le duc de Narbonne. En effet, le jeune Louis XV est, à l’époque, le dernier descendant en ligne directe de Louis XIV (son oncle, Philippe V, a renoncé à ses droits sur le trône de France lorsqu’il a accepté la couronne d’Espagne). La santé du jeune roi a déjà donné des inquiétudes, ce qui a hâté son union avec une princesse en âge de porter des enfants (Marie Leszczynska a sept ans de plus que Louis XV).  Dès lors, la naissance d’enfants mâles est nécessaire pour assurer la dynastie, ce qui explique la grande déception qui accompagne la venue au monde de Madame Troisième. La petite princesse rejoint ses sœurs aînées dans l’aile des Princes. Sa naissance est, heureusement, suivie par celle de deux garçons : le dauphin en 1729, et le duc d’Anjou, en 1730. 

Madame Troisième grandit sous la bonne garde de la duchesse de Vendatour, Charlotte de La Mothe-Houdancourt (1652-1744), gouvernante des Enfants de France, qui a déjà pris soin de Louis XV, occupant sa fonction depuis 1704. 

Louise-Marie de France, Madame Troisième, par Pierre Gobert (1730)
Louise-Marie de France, Madame Troisième, par Pierre Gobert (1730)

Au cours de l’hiver 1733, Madame Troisième contracte un mauvais rhume, qui se transforme en bronchite. La maladie touche principalement les enfants en bas âge, qu’elle mène généralement au tombeau. L’état de Madame Troisième est jugé inquiétant, et le médecin qu’on lui a choisi, un dénommé Bouilhac, se relève être un incompétent : la petite princesse subit quatre saignées, la pose de ventouses et doit finalement prendre de l’émétique, en désespoir de cause. Un tel traitement conduit Madame Troisième aux portes de la mort et on doit la baptiser en hâte, le 18 février, des prénoms de ses parents :  Louise-Marie. Le commissaire de police Pierre Narbonne note au sujet du médecin qui a soigné la princesse : « Il est inouï qu’on ait confié à un aventurier et à un ignorant le plus pur sang du royaume ». Ce Bouilhac avait été placé auprès des enfants de France non  en raison de ses qualifications, mais parce qu’il était proche du procureur du roi. 

L’enfant meurt le lendemain de son baptême, le 19 février. Louise-Marie est inhumée à Saint-Denis, le 23 février. Si la cour pleure peu Madame Troisième – elle n’étai qu’une fille – sa disparition semble avoir affecté ses parents, confrontés pour la première fois à la perte d’un enfant : « Cette princesse était fort aimable, et sa mort a affligé le roi et la reine » (Pierre Narbonne). Le décès de son frère, le duc d’Anjou – emporté quelques semaines plus tard – sera vécue comme un véritable drame. 

"La Jeunesse et la Vertu présentent les deux princesses à la France" par Charles-Joseph Natoire 1734) : Louise-Marie est debout, au centre du tableau
« La Jeunesse et la Vertu présentent les deux princesses à la France » par Charles-Joseph Natoire (1734) : Louise-Marie est debout, au centre du tableau

Le décès de Madame Troisième est « compensé » par la naissance de quatre autres princesses : Victoire (1733), Sophie (1734), Félicité (1736) et Louise-Marie (1737), qui hérite des prénoms de feue sa sœur aînée. Celles-ci ne seront pas mieux accueillies que Madame Troisième et seront envoyées à l’abbaye de Fontevraud, en 1738, par  « souci d’économie ». A la mort de Louise-Marie, le « titre » de « Madame Troisième » passe à sa sœur, Marie-Adélaïde (née en 1732), ce qui traduit la triste pensée de l’époque selon laquelle les princesses peuvent se substituer les unes aux autres. 

Outre un portrait d’elle réalisé par Pierre Gobert, la défunte princesse est représentée aux côtés de sa jeune sœur Marie-Adélaïde, sur un tableau allégorique de Charles-Joseph Natoire, « La jeunesse et la vertu présentent les deux princesses à la France », achevé en 1734. 

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