Les enfants royaux

11.Marie-Thérèse, fille aînée du dauphin Louis-Ferdinand

Marie-Thérèse de Bourbon, princesse de France, naît à Versailles, le 19 juillet 1746. Elle est la fille du dauphin Louis-Ferdinand et de sa première épouse, Marie-Thérèse-Raphaëlle d’Espagne. A la cour, cette naissance est un événement car il s’agit du premier enfant du dauphin, fils unique de Louis XV et de Marie Lezczynska. L’accouchement est prévu pour le début du mois juillet 1746 mais l’enfant ne vient au monde que le 19, ce qui contrarie grandement Louis XV, pressé de quitter Versailles pour aller rejoindre sa maîtresse, la marquise de Pompadour. La dauphine est épuisée par cette naissance dont le travail a commencé la veille. La déception est grande quand on s’aperçoit qu’il s’agit d’une petite fille. Seul le dauphin Louis-Ferdinand  ne semble pas affecté que ce premier enfant ne soit pas l’héritier mâle tant attendu. La princesse, que l’on nomme la « Petite Madame », se retrouve orpheline de mère dès le 22 juillet : après plusieurs malaises, Marie-Thérèse-Raphaëlle décède brusquement, à l’âge de 20 ans. L’enfant est mise sous la protection de sa gouvernante, la duchesse de Tallard (née Marie-Isabelle de Rohan), dame d’honneur de la reine. Celle-ci succède à sa grand-mère maternelle, la duchesse de Ventadour, dans la fonction de gouvernante des Enfants de France.

Marie-Thérèse-Raphaëlle de Bourbon-Espagne, mère de la Petite Madame (par Michel Van Loo)
Marie-Thérèse-Raphaëlle de Bourbon-Espagne, mère de la Petite Madame (par Michel Van Loo)

A la cour de Versailles, la vie de la Petite Madame passe quasi-inaperçue. Afin d’assurer la dynastie, le dauphin Louis-Ferdinand a dû prendre une nouvelle épouse, dès le mois de février 1747. La nouvelle dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, est alors une jeune princesse de 16 ans, qui a la lourde tâche de donner un héritier à la couronne de France. Il est peu probable qu’elle soit devenue une mère de substitution pour la Petite Madame, à une époque où seules les gouvernantes veillent sur les enfants royaux durant leur petite enfance.  

A la fin du mois d’avril de l’année 1748, la princesse est victime d’un mal de dents (poussée dentaire ?). Le mémorialiste Charles-Philippe d’Albret, duc de Luynes, a laissé un précieux témoignage dans ses Mémoires sur la cour de Louis XV sur le mal dont la fille du dauphin est atteinte. D’après sa gouvernante, la maladie de la Petite Madame débute juste après que l’on ait commencé à la sevrer, le 26 avril. Le duc de Luynes note : « Elle vomit le bouillon, elle était d’une mauvaise humeur et se plaignait de quelque chose qui piquait sa bouche ; elle avait cinq grosses dents qui prêtes à percer en même temps ».  La princesse est ensuite victime de convulsions et de fièvres, et les vomissements se poursuivent malgré les traitements des médecins. L’enfant ne veut rien avaler qui ne soit pas donné par son père, le roi ou la reine. Le dauphin Louis-Ferdinand assiste aux débats entre les hommes de sciences, qui finissent par proposer de donner de l’émétique à la Petite Madame, remède « très violent, surtout pour un enfant de cet âge ». Le dauphin y consent « les larmes aux yeux ». Comme le craignait le duc de Luynes, ce traitement « fait vomir Madame plusieurs fois » et on juge qu’il « y a peu d’espérances » . On baptise alors en hâte la princesse (seulement ondoyée à la naissance) du prénom de Marie-Thérèse, en souvenir de sa mère, selon le souhait du dauphin. La petite Madame succombe quelques heures après son baptême, le 27 avril,  « soit par l’effet de la maladie ou de l’émétique »

Portrait d’une fille ou d’une petite-fille de Louis XV (sur tabatière, XVIIIe siècle)
Portrait d’une fille ou d’une petite-fille de Louis XV (sur tabatière, XVIIIe siècle)

Le corps de Marie-Thérèse est conduit aux Tuileries, pour l’autopsie. Devant la tristesse de son époux,  la nouvelle dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, demande à Mme de Tallard de faire venir un peintre, afin de portraiturer la petite princesse décédée – qui n’avait jamais été peinte –  de manière à garder une trace de la défunte, avant que les médecins n’ouvrent le corps.  D’après le duc de Luynes, deux tableaux de la petite Marie-Thérèse sont réalisés : « l’un comme elle était dans ce moment (destiné à Marie Leszczynska), l’autre on y mettra des couleurs pour la faire paraître vivante » (pour la dauphine). Ce second tableau est placé au dessus du berceau de l’enfant, par Marie-Josèphe de Saxe. Le dauphin se montre très touché de l’attention de sa seconde épouse, lorsqu’il aperçoit « l’image souriante de l’ange envolé ».  Louis-Ferdinand pleure beaucoup sa fille (jusqu’alors son unique enfant) qui était tout ce qui le rattachait encore à Marie-Thérèse-Raphaëlle d’Espagne, qu’il n’a jamais oubliée : « Le lien s’était rompu. L’affliction paraissait sans mesure […] et rien ne restait d’elle [Marie-Thérèse de France] dans ce château de Versailles qui l’avait trop peu connue ».

D’après le duc de Luynes, témoin privilégié des évènements, l’autopsie met en avant « quelques taches rouges dans le cerveau […] beaucoup de gonflement dans le cerveau ; et il paroit qu’il a été reconnu que les dents étoient la seule cause de la mort ». Les médecins suggèrent également que « la qualité du lait qu’elle prenait n’était pas bonne ».  La Petite Madame est inhumée à Saint-Denis, le 30 avril. Les deux portraits posthumes, seules représentations de  la petite Marie-Thérèse de Bourbon, ont aujourd’hui disparu.

Bibliographie : 

 Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV  volume 9 (1748-1749)
– Les reines de France au temps des Bourbons : la reine et la favorite par Simone Bertière
La dauphine Marie Josèphe de Saxe, mère de Louis XVI, par Émile Regnault

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