Favorites Royales

Les sœurs Nesle, favorites de Louis XV

Louise Julie de Nesle, comtesse de Mailly : 

Aînée des cinq filles du marquis de Nesle Louis III de Mailly (1689-1764) et d’Armande Félice de La Porte Mazarin (1691-1729), Louise Julie naît le 16 mars 1710, moins d’un an après leur union. Elle n’a que seize ans lorsqu’elle épouse, en 1726, son cousin Louis Alexandre de Mailly, comte de Mailly-Rubempré (1694-1748). Celui-ci passe pour être un débauché, qui délaisse bien vite sa jeune épouse. A la mort de sa mère en octobre 1729 (décédée « d’une fluxion dans la tête » ou de la rougeole), la jeune comtesse de Mailly reprend sa charge de dame du palais de la reine Marie Leszczynska. Louise est ainsi délivrée de son époux qui n’apprécie pas la cour et préfère demeurer sur ses terres. Le roi remarque la jeune femme dès 1732 mais hésite à la courtiser car il est encore très épris de son épouse. Pourtant, les grossesses à répétition de la reine, ainsi que ses nombreuses indispositions, commencent à lasser le monarque. Ainsi, et avec la complicité du Cardinal de Fleury, Louise débute une relation avec le roi pour le sortir de son ennui. Le marquis d’Argenson note au sujet de la comtesse de Mailly : « Elle est bien faite, jeune, mais laide, une grande bouche bien meublée et, avec tout cela, drôle ». Sa liaison avec Louis XV reste secrète jusqu’en 1737,  les deux amants utilisant des portes et couloirs dérobés pour se voir.  

Portrait supposé de Louise de Mailly, par Alexis Grimou (XVIIIe siècle)
Portrait supposé de Louise de Mailly, par Alexis Grimou (XVIIIe siècle)

En 1738 Marie Leszczynska ferme définitivement la porte de sa chambre au roi, pour raison de santé. Louis XV s’affiche alors publiquement, et sans avoir de  scrupules, avec la comtesse de Mailly. Louise est certainement celle qui, parmi les sœurs Nesle, aime le roi d’un amour totalement désintéressé. Celui-ci d’ailleurs, ne lui donne presque rien puisqu’à l’inverse de nombreuses favorites, Louise ne lui demande aucune faveur. De ce fait, la pension que Louis XV lui verse reste bien maigre et Louise va jusqu’à porter des robes trouées et usées. Dans sa grande bonté – et naïveté –  la comtesse de Mailly  introduit bientôt à Versailles sa sœur Pauline, qui vient de finir son éducation au couvent. Pauline est aussi vive, insolente et charmante que sa sœur aînée est réservée, timide et sans méchanceté. Il apparaît bien vite que Louise ne sert plus que de paravent aux amours du roi et de sa sœur, celle-ci étant mariée et le roi ne parvenant pas à se détacher de sa première maîtresse. Cette situation n’est pas sans rappeler celle de Louis XIV, avec Mademoiselle de La Vallière et la marquise de Montespan

En 1741, Pauline décède brusquement et Louis retourne chercher du réconfort auprès de la comtesse de Mailly. Une fois de plus, Louise fait entrer à la cour l’une de ses sœurs, la plus jeune, Marie-Anne. Louis XV met alors définitivement un terme à sa relation avec la comtesse de Mailly. Celle-ci quitte alors Versailles en 1742 pour Paris où, honteuse, elle porte désormais un cilice. A la cour, on compare la favorite déchue à Louise de La Vallière, puis on l’oublie. La comtesse de Mailly consacre les dernières années de sa vie à des œuvres de charité. Veuve en 1748, Louise de Nesle décède le  5 mars  1751 à l’âge quarante et un ans. A l’annonce de sa mort, le marquis d’Argenson note : « Elle est regrettée de tout Paris  comme une femme très bonne et qui n’a nui à personne pendant les huit années qu’elle a été  la favorite du roi. ». Mme de Pompadour écrit à son frère :  « La pauvre Madame de Mailly est morte, j’en suis réellement fâchée ; elle était malheureuse, le Roy en est touché ». Louise est inhumée au cimetière des Innocents, parmi les pauvres, selon ses vœux. Sans enfant, elle a désigné son neveu, Charles-Emmanuel de Vintimille, comme son héritier. 

portrait supposé de la comtesse de Mailly en "Madeleine pénitente" par Jean-Marc Nattier (1743)
portrait supposé de la comtesse de Mailly en « Madeleine pénitente » par Jean-Marc Nattier (1743)

Pauline Félicité de Nesle, comtesse de Vintimille : 

Seconde fille du marquis de Nesle, Pauline Félicité naît le 1er août 1712 à Paris. Sa naissance est une déception, car ses parents ont perdu un fils au berceau, en 1711. Mademoiselle de Nesle passe sa jeunesse au couvent de Port Royal. Dotée de beaucoup d’esprit, elle a très vite envie de rejoindre sa sœur aînée à la cour lorsqu’elle apprend sa situation de maîtresse en titre. D’après sa cadette, Hortense, Pauline aurait déclaré : J’irai à la cour auprès de ma sœur Mailly, le roi me verra ; le roi me prendra en amitié , et je gouvernerai ma sœur, le roi, la France et l’Europe ». Des cinq sœurs Nesle, Pauline semble être la plus spirituelle et la plus instruite. Dès lors, elle ne doute pas de conquérir le souverain. 

Après avoir longuement manifesté  à Louise, par écrit, son désir de la rejoindre à Versailles, Pauline est admise à la cour et y rencontre Louis XV en 1739. La jeune sœur de la comtesse de Mailly n’est pas d’une grande beauté, comme le rapportera sa sœur, la marquise de Flavacourt : « Elle avait une figure de grenadier, le col de grue, une odeur de singe ». Laide, Mademoiselle de Nesle est cependant un caractère impérieux, l’art de séduire et surtout le don d’amuser le roi, qui commence à s’ennuyer de sa favorite. Louis tombe alors fou amoureux de la jeune femme mais refuse d’en faire sa maîtresse tant que celle-ci n’est pas mariée. Le 28 septembre 1739, Pauline épouse le comte Jean Baptiste Félix de Vintimille, marquis de Luc,  à qui le roi verse une somme d’argent considérable pour qu’il se retire bien loin de sa nouvelle épouse (le mariage ne fut jamais consommé).

La comtesse de Vintimille par Jean-Marc Nattier, 1740
La comtesse de Vintimille, par Jean-Marc Nattier (1740)

Bien vite, il apparaît que la comtesse de Vintimille est enceinte du monarque, au grand désespoir  de la reine. Alors qu’elle arrive au terme de sa grossesse, Pauline est soudain victime de fortes fièvres et l’on craint pour sa santé ainsi que pour la vie de l’enfant qu’elle porte. Elle accouche le 2 septembre 1741 d’un fils prénommé Charles-Emmanuel et reconnu officiellement par le comte de Vintimille. Beaucoup le surnomment  « le demi-Louis » en raison de sa grande ressemblance avec son véritable – et royal –  père. L’enfant survit mais la mère est de plus en plus faible. Pauline de Vintimille rend l’âme le 9 septembre, dans d’atroces souffrances. Elle fut certainement le plus grand amour du roi, qui reste cloîtré dans sa chambre durant trois jours après la mort de Pauline, allant jusqu’à demander que l’on fasse un moulage du visage de sa bien-aimée. Bien que des rumeurs d’empoisonnements aient couru (elle-même se pensait empoisonnée tant ses douleurs étaient vives), on pense aujourd’hui que la comtesse de Vintimille est décédée des suites de son accouchement.

Pauline Félicité de Nesle, par Jacques André Avet (XVIIIe siècle)
Pauline Félicité de Nesle, par Jacques André Avet (XVIIIe siècle)

Diane de Nesle, duchesse de Lauraguais, et Hortense de Nesle, marquise de Flavacourt :

Diane Adélaïde, née le 13 janvier 1714 à Paris, est la troisième sœur Nesle. Très intelligente, Diane côtoie d’abord le monde sous le nom de Mademoiselle de Montcavrel.  Après la mort de la comtesse de Vintimille, en septembre 1741, le roi réclame sa présence à la cour, avec peut-être la secrète intention  d’en faire sa maîtresse. A la fin de l’année 1741, Mademoiselle de Montcavrel arrive à Versailles, alors que Louis XV s’est de nouveau rapproché de sa sœur aînée, Louise. Devant le « défilé » des sœurs Nesle, certains courtisans s’interrogent  sur le caractère de Louis XV et ces vers circulent dans la capitale :  

L’une est presqu’en oubli, l’autre presque en poussière,
La troisième est en pied, la quatrième attend
Pour faire place à la dernière,
Choisir une famille entière,
Est-ce être infidèle ou constant ?

Le 19 janvier 1742, Diane épouse Louis de Brancas, duc de Lauraguais. Cette même année elle doit fuir la cour précipitamment car des rumeurs prétendent que Louis XV a déclaré coucher entre la comtesse de Mailly et la duchesse de Lauraguais.  Pour éviter un scandale, Diane quitte  alors Versailles. S’il est admit qu’elle fut la maîtresse de Louis XV, sa faveur fut bien éphémère. En novembre 1744, Diane met au monde une fille qui s’éteindra  quatre ans plus tard. La duchesse de Lauraguais réapparaît à la cour durant la faveur de la marquise de Pompadour : de 1745 à 1746, elle est dame d’atour de la première dauphine, Marie-Thérèse d’Espagne, avant de reprendre cette fonction auprès de la seconde bru de Louis XV, Marie-Josèphe de Saxe, de 1747 à 1767. Petite maîtresse de Louis XV, la duchesse de Lauraguais passe ensuite au duc de Richelieu avec lequel elle a une liaison de plusieurs années. Diane décède à Paris, le 30 novembre 1769. 

La duchesse de Lauraguais (à gauche) et la marquise de Flavacourt (à droite) par Jean-Marc Nattier (1742 et 1740)
La duchesse de Lauraguais (à gauche) et la marquise de Flavacourt (à droite) par Jean-Marc Nattier (1742 et 1740)

Hortense Félicité naît à Paris le 11 février  1715. Titrée Mademoiselle de Chalon, elle épouse François de Fouilleuse, marquise de Flavacourt, le 21 janvier 1739. La jeune femme évite le lit du roi bien que ce dernier tente de la faire venir à Versailles, après le départ de sa sœur  Diane. Le duc de Richelieu est, en effet, mandaté à plusieurs reprises auprès de la jeune femme, qui ne cède pas aux avances du monarque. Lorsque Richelieu lui explique les nombreux avantages qu’elle pourrait tirer d’une faveur royale, la marquise de Flavacourt répond  : « Je préfère l’estime de mes contemporains » . Il faut dire que Louis XV ne trouve pas un mari très coopérant en la personne du marquis de Flavacourt qui aurait menacé Hortense de la tuer si elle devenait « putain comme ses sœurs » : « Les filles de la marquise de Nesles furent toutes les maitresses successives [du roi] excepté Mme de Flavacourt, la plus belle de toute, pour laquelle le roi avait de très grandes inclinations. Son mari [lui dit] qu’elle pouvait lui jouer une infidélité  ; mais qu’il n’était aucun Roi au monde qui put l’empêcher  de lui brûler la cervelle si elle s’avisait de le faire ».  De plus, à l’inverse de ses sœurs, la jeune femme est connue de tous pour sa  grande vertu et sa profonde pitié, qui l’ont peut-être aidée à résister aux sollicitations du roi.  La marquise de Flavacourt demeure ainsi la seule des cinq sœurs à ne pas s’offrir à Louis XV. Admirée pour sa grâce et sa dignité  Hortense de Nesle succède à sa sœur Louise comme dame du palais de la reine de 1742 à 1767 et gagne l’amitié de Marie Leszczynska.  Elle fera également partie des cercles d’amis de la marquise de Pompadour et de la comtesse de Barry. 

La marquise de Flavacourt, en "vénus" par Jean-Marc Nattier 1740)
La marquise de Flavacourt, en « vénus » par Jean-Marc Nattier (1740)

Hortense voit disparaître les deux enfants qu’elle a donnés à son époux : sa fille, Adélaïde, devenue marquise de Mauny en 1755, décède en couches à l’âge de 17 ans, en 1759. Quant à son fils, Auguste-Frédéric, colonel des régiments de la reine, il meurt en 1762 à l’âge de 22 ans, des suites de blessures de guerre, sans alliance. Veuve en 1763, la marquise de Flavacourt est arrêtée au cours de la Terreur et comparait devant le tribunal Révolutionnaire. Elle montre une « gaité brave qui la sauve de la mort ». C’est sans doute sa bonne réputation qui permet à Hortense de Nesle d’échapper à l’échafaud.  La marquise de Flavacourt s’éteint en 1799. 

Marie-Anne de Nesle, duchesse de Châteauroux :

Dernière des cinq sœurs Nesle, Marie-Anne naît le 5 octobre 1717 à Paris et est titrée Mademoiselle de Monchy. Son éducation est négligée, sa mère, Armande Félice de La Porte Mazarin, se préoccupant davantage de l’établissement de ses filles aînées. A l’âge de 10 ans fille est mise au couvent d’où elle ne sort qu’en 1734, pour épouser le marquis Jean Baptiste de La Tournelle, colonel du régiment de Condé. Brave mais de santé fragile, celui-ci meurt prématurément en 1740. En l’absence d’héritier, la fortune du marquis de la Tournelle revient à son cousin. Marie-Anne se retrouve sans protecteur et doit être accueillie par sa tante, la duchesse de Richelieu, née Louise-Françoise de Rohan. Bientôt, la  jeune veuve se tourne vers sa sœur aînée, Louise, qui vit à la cour. Celle-ci la fait entrer au service de la reine en 1742 en tant que dame du palais. D’une très grande beauté, Marie-Anne se fait bien vite remarquer par Louis XV mais affirme ne pas chercher à devenir sa maîtresse. Pourtant, lorsque le roi la courtise en novembre 1742, Marie-Anne accepte de lui céder à la condition qu’il renvoie Louise de Mailly  et la fasse duchesse. Louis XV plie face à cette exigence et Louise de Mailly est remerciée en décembre. Marie-Anne est titrée duchesse de Châteauroux en mars 1744. Sa situation délicate après la mort de son époux a sans doute poussé la jeune femme à consolider sa position pour assurer son avenir. Le roi cède à tous les caprices de sa maîtresse et celle-ci devient vite impopulaire, autant auprès du peuple que des courtisans.

La duchesse de Châteauroux par Jean Marc Nattier, en 1740
La duchesse de Châteauroux « en point du jour » par Jean Marc Nattier, en 1740

En août 1744, le roi tombe malade. Autour de lui, les membres du clergé lui demandent de renvoyer la duchesse de Châteauroux, sans quoi, son âme ne pourra être sauvée. La favorite est huée par la foule et mise de côté par le souverain. Bien que considéré comme perdu, le roi se remet de sa maladie et, malgré sa promesse à la reine de ne plus jamais lui être infidèle, il rappelle Marie-Anne en novembre. Après de folles retrouvailles, la duchesse meurt subitement deux semaines plus tard, le 28 décembre. Devant la soudaineté de la disparition de la duchesse de Châteauroux, certains pensent à un empoisonnement, qui serait l’œuvre du ministre Maurepas, principal opposant à la favorite. Cela ne sera jamais prouvé.

Avec la mort de Marie-Anne de Châteauroux s’achève le règne de la famille Nesle sur Louis XV. Leur père, qui se lamentait de ne pas avoir d’héritier mâle, aura quand même laissé son nom dans l’histoire. Le vieux marquis de Nesle aurait dit un jour  (ironiquement ?) que « puisque le Roi avait eu affaire à toute sa famille, il ne lui restait plus que d’avoir affaire à lui, pour rendre l’honneur complet ». 

"Les Trois Grâces" de Charles Van Loo 1765)
« Les Trois Grâces », de Charles Van Loo (1765), représenterait trois des sœurs Nesle

Louise, Pauline et Marie-Anne de Nesle, considérées comme les trois première maîtresses en titre de Louis XV, auraient inspiré le peintre Charles Van Loo, et seraient représentées sur son tableau « Les Trois Grâces ». Après les quatre sœurs Nesle, Louis XV aura encore – officiellement – deux favorites, ainsi que de multiples petites maîtresses, qui lui donneront une dizaine d’enfants naturels. 

Article associé :

La dernière lettre de Mme de Châteauroux 

Bibliographie :

Les jeunes amours de Louis XV : les Demoiselles de Mailly-Nesle, par Michel de Decker 
Mémoires du maréchal duc de Richelieu, par Louis François Armand de Vignerot Du Plessis Richelieu
L’histoire de Madame la marquise de Pompadour, par Marianne Agnès Falques
La duchesse de Châteauroux, par Sophie Gay 

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