Favorites Royales

Françoise-Athénaïs de Montespan, favorite passionnée de Louis XIV

Le 5 octobre 1640, Diane de Grandsaigne, épouse du duc de Mortemart Gabriel de Rochechouart, met au monde son troisième enfant, une fille prénommée Françoise. La famille de Françoise est en étroite relation avec la cour : le duc de Mortemart est gentilhomme de la chambre du roi, son épouse est dame d’honneur de la reine Anne d’Autriche et le frère aîné de Françoise, Louis-Victor, est le compagnon de jeux du jeune Louis XIV. La jeune fille s’entend à merveille avec sa sœur aînée Gabrielle. La famille s’agrandira encore de deux filles : Marie-Christine et Marie-Madeleine. Vers l’âge de 12 ou 13 ans, Françoise entre au couvent Sainte-Marie, à Saintes, pour y recevoir une bonne éducation. Elle y apprend le latin, un peu de grec, le français, l’histoire, et tout ce qui est nécessaire à une jeune fille de la noblesse dans le grand monde. Mademoiselle de Mortemart sort du couvent en 1660. A cette date, elle fréquente les prestigieux salons de préciosité de Paris, et fait sensation de par sa beauté et son intelligence. Elle y gagne le surnom d’Athénaïs (la jeune femme est dite aussi belle que la déesse Athéna). Sa mère obtient de la reine-mère Anne d’Autriche que sa fille entre la cour comme demoiselle d’honneur de la future duchesse d’Orléans, belle-sœur de Louis XIV. Françoise-Athénaïs (désormais, seule sa famille l’appellera encore Françoise, Mlle de Mortemart préférant le prénom d’Athénaïs) fait ses premiers pas à la cour à l’âge de 20 ans, sous le titre de Mademoiselle de Tonnay-Charente.

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Mademoiselle de Tonnay-Charente, par Beaubrun, en 1663

En 1662, la jeune femme vit une idylle qui va se transformer en drame : elle est amoureuse du marquis Louis-Alexandre de Noirmoutiers, qui a déjà demandé sa main quand il est impliqué dans un duel où il perd son ami, le marquis d’Antin. Le duel est un acte puni de mort par le roi et Louis-Alexandre doit s’exiler en Espagne puis au Portugal. Athénaïs vit très mal le départ précipité de son fiancé qu’elle ne reverra jamais. Elle se rapproche de Louis-Henry de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan et frère du défunt marquis d’Antin. Le 28 janvier 1663, Athénaïs épouse l’ami de son ex-fiancé et devient marquise de Montespan. Deux enfants naîtront de cette union : Marie-Christine (1663-1675) et Louis-Antoine, duc d’Antin (1665-1736). Très vite, le mariage bat de l’aile : le marquis de Montespan s’endette dans sa passion du jeu et doit vendre ses biens, ainsi que les bijoux de son épouse, pour subvenir aux besoins des enfants. Dès que sa fille atteint l’âge de 3 ans, Françoise-Athénaïs l’envoie chez la mère de son époux pour qu’elle y reçoive une éducation religieuse et qu’elle ne manque de rien car le ménage a du mal à joindre les deux bouts et vit sur des crédits. En 1664, Athénaïs a quitté le service de la duchesse d’Orléans pour devenir dame d’honneur de la reine Marie-Thérèse d’Autriche grâce à l’intervention de Monsieur, le frère du roi. A la cour, la marquise de Montespan est admirée pour sa grande beauté, sa grâce lorsqu’elle participe à des ballets, son intelligence vive ainsi que pour sa conversation. Elle s’y est faite une amie en la personne de Louise de la Vallière, maîtresse de Louis XIV. Cette dernière invite souvent Athénaïs à lui rendre visite lorsque le roi est chez elle, car Mademoiselle de la Vallière sait que son amie a l’art de divertir le monarque. Louis XIV est lui aussi charmé par la finesse d’esprit de la marquise et par sa beauté naturelle. Athénaïs devient la nouvelle maîtresse du roi dès 1667. La duchesse de la Vallière servira de paravent à cet amour jusqu’à ce que le roi obtienne la séparation des époux Montespan en 1673. Le marquis, qui au début semblait fort bien s’accommoder de la situation, entre dans une folle colère quand il s’aperçoit qu’Athénaïs est à nouveau enceinte et qu’il n’est pas le père de l’enfant. Il promet alors de se venger ! Un jour, il force la porte de la marquise à la cour et se fait jeter dehors par les gardes. Louis XIV exile le marquis dans sa province, en 1669. Ce dernier emmène avec lui son fils, le jeune Louis-Antoine. Sur ses terres, il fait passer son épouse pour morte et porte le deuil. Jusqu’en 1673, la duchesse de la Vallière fait figure de favorite officielle. Si à la cour, plus personne n’ignore qu’Athénaïs de Montespan est devenue la nouvelle maîtresse de Louis XIV, peu savent qu’elle en a déjà eu plusieurs enfants quand, le 20 décembre de cette année-là, le roi légitime ceux qui ont survécu à la petite enfance. La marquise aura en tout sept enfants du souverain :

– une fille ? (1669-1672)
– Louis-Auguste (1670-1736) duc du Maine
– Louis-César (1672-1683) comte de Vexin
– Louise-Françoise (1673-1743) Mlle de Nantes puis duchesse de Bourbon
– Louise-Marie-Anne (1674-1681) Mlle de Tours
– Françoise-Marie (1677-1749) Mlle de Blois puis duchesse d’Orléans
– Louis-Alexandre (1678-1737) comte de Toulouse

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La marquise de Montespan et ses quatre premiers enfants légitimés (par Pierre Mignard)
 

Pour s’occuper de ses enfants illégitimes, Athénaïs engage Françoise d’Aubigné, veuve du poète Paul Scarron, comme gouvernante, en 1670. C’est sa chère sœur Gabrielle – devenue Mme de Thianges – qui lui a conseillé cette femme discrète et aimant les enfants. En 1674, tandis que la duchesse de la Vallière quitte la cour pour le Carmel, Mme Scarron et les enfants légitimés s’y installent, près du roi et d’Athénaïs. La marquise de Montespan apprécie beaucoup Françoise Scarron pour sa conversation, son intelligence et le soin qu’elle a de ses enfants. Les deux femmes s’entendent comme les meilleures amies du monde. En 1674, Athénaïs parle au roi pour Françoise qui désire une terre : Louis XIV lui offre le domaine Maintenon mais fait également de la gouvernante de ses enfants la marquise de Maintenon. Dés lors, les rapports entre les deux marquises deviennent tendus : Mme de Maintenon se permet d’aller contre les ordres d’Athénaïs concernant ses enfants, et passe de plus en plus de temps avec le roi. Les disputes entre la favorite et la gouvernante se multiplient. Louis XIV envoie parfois son ministre de la guerre pour les réconcilier. Celui-ci dira avoir plus de mal à installer la paix entre les deux femmes qu’en Europe ! En 1675, la marquise de Montespan et le roi doivent se séparer car l’Eglise refuse de confesser Françoise-Athénaïs tant qu’elle attire le scandale sur elle. Le roi prend des petites maîtresses : Mme de Ludres, la princesse de Soubise… Mais en 1676, Louis XIV se remet avec Mme de Montespan. De leurs retrouvailles « naissent Mlle de Blois et le comte de Toulouse ». Mais cette fois Françoise de Maintenon refuse de s’occuper des deux derniers enfants d’Athénaïs car la favorite et le roi sont revenus sur la promesse de séparation qu’ils avaient faite à l’Eglise. Mme de Montespan supporte de moins en moins Françoise qui s’approprie ses enfants, plus particulièrement le duc du Maine.

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Athénaïs de Montespan, en Iris, par Louis Elle le Jeune (en 1670)

 Parallèlement, c’est sous « le règne » d’Athénaïs que les arts (musique, théâtre…) s’affirment car la marquise soutient Molière, Lully, Racine… La période de gloire du Roi-Soleil correspond aux années durant lesquelles la marquise de Montespan règne en reine à la cour. Mais Athénaïs vieillit et elle le sait. Elle voit également que Mme de Maintenon incite le roi à se détourner d’elle pour revenir vers la reine sans quoi Dieu le punira. Françoise-Athénaïs met alors sous le nez de Louis XIV une jeune fille, Mademoiselle de Fontanges, demoiselle d’honneur de la duchesse d’Orléans. Cette jolie Marie-Angélique est d’une rare beauté mais assez naïve et sans grande conversation. Le roi courtise la jeune fille d’à peine 17 ans mais semble épris d’elle plus que la marquise de Montespan ne le voudrait. En 1680, Athénaïs est éclaboussée dans l’Affaire des poisons : on la soupçonne d’avoir usé de philtres d’amour pour conserver le cœur du roi, d’avoir voulu faire empoisonner Marie-Angélique de Fontanges et d’avoir participé à des messes noires avec sacrifices d’enfants. Louis XIV fait taire toutes les accusations contre la marquise mais celle-ci perd à jamais la confiance et l’amour du roi. En 1681, Mademoiselle de Fontanges meurt et les rumeurs d’empoisonnement reprennent. Pour arrêter les soupçons, Louis XIV continue à rendre visite à Athénaïs mais celle-ci sait fort bien que le roi s’est définitivement détourné d’elle, et que Françoise de Maintenon est devenue sa maîtresse. Mme de Montespan reste à la cour pour ses enfants puis se retire en 1691 à l’abbaye de Fontevrault (où seront envoyées bien plus tard les filles de Louis XV), dirigée par sa sœur Marie-Madeleine. Athénaïs fonde également le couvent de Saint-Joseph à Paris, qui accueille des personnes âgées en difficultés et des enfants pauvres. Délaissant ses belles toilettes, l’ancienne favorite du roi se rapproche de Dieu par la prière et le jeûne. En 1700, la marquise acquiert le château d’Oiron où elle s’installe en 1704, après la mort de Marie-Madeleine. Françoise-Athénaïs de Montespan meurt à Bourbon-l’Archambault le 28 mai 1707 à 66 ans.

pour en savoir plus : “Madame de Montespan “de Jean-Christian Petitfils  

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