Favorites Royales

Françoise-Athénaïs de Montespan, favorite passionnée de Louis XIV

Le 5 octobre 1640, Diane de Grandsaigne, épouse de Gabriel de Rochechouart, duc de Mortemart, met au monde son troisième enfant, une fille prénommée Françoise. La famille de l’enfant est en étroite relation avec la cour : le duc de Mortemart est gentilhomme de la chambre du roi Louis XIII, son épouse est dame d’honneur de la reine Anne d’Autriche et le frère aîné de Françoise, Louis-Victor de Vivonne (1636-1688), est par la suite le compagnon de jeux du jeune Louis XIV. La jeune fille s’entend à merveille avec sa sœur aînée Gabrielle (1634-1693). La famille s’agrandira encore de deux filles : Marie-Madeleine (1645-1704) et Marie-Christine (religieuse, morte adolescente)

Trois des sœurs Rochechouart de Mortemart (Gabrielle, Marie-Madeleine et Françoise), anonyme, XVIIe siècle (château du Bouchet)
Trois des sœurs Rochechouart de Mortemart (Gabrielle, Marie-Madeleine et Françoise), anonyme, XVIIe siècle (château du Bouchet)

Vers l’âge de 12 ou 13 ans, Françoise entre au couvent Sainte-Marie, à Saintes, pour y recevoir une bonne éducation. Elle y apprend le latin, un peu de grec, l’écriture, l’Histoire, et tout ce qui est nécessaire à une jeune fille de la noblesse dans le grand monde. Mademoiselle de Mortemart sort du couvent en 1660. A cette date, elle fréquente les prestigieux salons de préciosité de Paris, et fait sensation de par sa beauté et son intelligence. Elle y gagne le surnom d’Athénaïs (la jeune femme est dite aussi belle que la déesse Athéna). Diane de Grandsaigne obtient de la reine-mère Anne d’Autriche que sa fille entre la cour comme demoiselle d’honneur de la future duchesse d’Orléans, belle-sœur de Louis XIV. Françoise-Athénaïs (désormais, seule sa famille l’appellera encore Françoise, Mlle de Mortemart préférant le prénom d’Athénaïs) fait ses premiers pas à la cour à l’âge de 20 ans, sous le titre de Mademoiselle de Tonnay-Charente.

Françoise de Rochechouart, Mademoiselle de Tonnay-Charente, par Charles Beaubrun (vers 1660)
Françoise de Rochechouart, Mademoiselle de Tonnay-Charente, par Charles Beaubrun (vers 1660)

En 1662, la jeune femme vit une idylle qui va se transformer en drame : elle est éprise de Louis-Alexandre de La Trémoille, marquis de Noirmoutiers, qui a déjà demandé sa main quand il est impliqué dans un duel où il perd son ami, le marquis d’Antin. Le duel est un acte puni de mort par décret royal, depuis 1651, et Louis-Alexandre doit s’exiler en Espagne puis au Portugal. Athénaïs vit très mal le départ précipité de son fiancé qu’elle ne reverra jamais. Elle se rapproche de Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan et frère du défunt marquis d’Antin. Le 28 janvier 1663, Athénaïs épouse l’ami de son ex-fiancé et devient marquise de Montespan. Deux enfants naîtront de cette union : Marie-Christine (1663-1675) et Louis-Antoine, duc d’Antin (1665-1736). Très vite, le mariage bat de l’aile : le marquis de Montespan s’endette dans sa passion du jeu et doit vendre ses biens, ainsi que les bijoux de son épouse, pour subvenir aux besoins de ses enfants. Dès que sa fille atteint l’âge de 3 ans, Françoise-Athénaïs l’envoie chez la mère de son époux, Chrétienne-Marie Zamet, afin qu’elle y reçoive une éducation religieuse et qu’elle ne manque de rien. En effet, le ménage Montespan  a du mal à joindre les deux bouts et vit sur des crédits.

En 1664, Athénaïs a quitté le service de la duchesse d’Orléans pour devenir dame d’honneur de la reine Marie-Thérèse d’Autriche grâce à l’intervention de Monsieur, le frère du roi. A la cour, la marquise de Montespan est admirée pour sa grande beauté, sa grâce lorsqu’elle participe à des ballets, son intelligence vive ainsi que pour sa conversation. Elle s’y est faite une amie en la personne de Louise de la Vallière, maîtresse de Louis XIV. Cette dernière invite souvent Athénaïs à lui rendre visite lorsque le roi est chez elle, car Mademoiselle de la Vallière sait que son amie a l’art de divertir le monarque. Louis XIV est lui aussi charmé par la finesse d’esprit de la marquise et par sa beauté naturelle. Athénaïs devient la nouvelle maîtresse du roi dès 1667. La duchesse de la Vallière servira de paravent à cet amour jusqu’à ce que le roi obtienne la séparation des époux Montespan, en 1673. Le marquis, qui au début semblait fort bien s’accommoder de la situation, entre dans une folle colère quand il s’aperçoit qu’Athénaïs est à nouveau enceinte et qu’il n’est pas le père de l’enfant. Il promet alors de se venger  : un jour, il force la porte de la chambre de son épouse, à la cour, et se fait jeter dehors par les gardes. Louis XIV exile le marquis dans sa province, en 1669. Ce dernier emmène avec lui son fils, le jeune Louis-Antoine. Sur ses terres, il fait passer la marquise pour morte et porte le deuil.

La marquise de Montespan, en Iris, par Louis Elle le Jeune (en 1670)
La marquise de Montespan, en Iris, par Louis Elle le Jeune (en 1670)

Jusqu’en 1673, la duchesse de la Vallière fait figure de favorite officielle. Si à la cour, plus personne n’ignore qu’Athénaïs de Montespan est devenue la nouvelle maîtresse de Louis XIV, peu de gens savent qu’elle en a déjà eu plusieurs enfants adultérins quand, le 20 décembre de cette année-là, le roi légitime ceux qui ont survécu à la petite enfance. La marquise aura au moins sept enfants du souverain :

– un enfant resté inconnu (1669-1672)
– Louis-Auguste (1670-1736) duc du Maine, épouse Louise-Bénédicte de Bourbon-Condé en 1692
– Louis-César (1672-1683) comte de Vexin
– Louise-Françoise (1673-1743) Mlle de Nantes, épouse Louis III de Bourbon-Condé en 1685
– Louise-Marie-Anne (1674-1681) Mlle de Tours
– Françoise-Marie (1677-1749) Mlle de Blois, épouse Philippe II d’Orléans en 1692
– Louis-Alexandre (1678-1737) comte de Toulouse, épouse Marie-Victoire de Noailles, en 1723

La marquise de Montespan et quatre de ses enfants légitimés (Mlle de Nantes, le comte de Toulouse, Mlle de Blois, le duc du Maine), attribué à Pierre Mignard (XVIIe siècle)
La marquise de Montespan et quatre de ses enfants légitimés (Mlle de Nantes, le comte de Toulouse, Mlle de Blois, le duc du Maine), attribué à Pierre Mignard (XVIIe siècle)

Pour s’occuper de ses enfants illégitimes, Athénaïs engage Françoise d’Aubigné, veuve du poète Paul Scarron, comme gouvernante, en 1670. C’est sa chère sœur Gabrielle – devenue marquise de Thianges – qui lui a conseillé cette femme discrète et aimant les enfants. En 1674, tandis que la duchesse de la Vallière quitte la cour pour le Carmel, Mme Scarron et les enfants légitimés s’y installent, près du roi et d’Athénaïs. La marquise de Montespan apprécie beaucoup Françoise Scarron pour sa conversation, sa finesse d’esprit et le soin qu’elle a de ses enfants. Les deux femmes s’entendent comme les meilleures amies du monde. En 1674, Athénaïs parle au roi pour Françoise qui désire faire l’acquisition d’une terre : Louis XIV lui offre le domaine Maintenon mais fait également de la gouvernante de ses enfants la marquise de Maintenon. Dés lors, les rapports entre les deux marquises deviennent tendus : Mme de Maintenon se permet d’aller contre les ordres d’Athénaïs concernant ses enfants, et passe de plus en plus de temps avec le roi. Les disputes entre la favorite et la gouvernante se multiplient. Louis XIV envoie parfois son ministre de la guerre pour les réconcilier. Celui-ci dira avoir plus de mal à installer la paix entre les deux femmes qu’en Europe !

En 1675, la marquise de Montespan et le roi doivent se séparer car l’Eglise refuse de confesser Françoise-Athénaïs tant qu’elle attire le scandale sur elle. Le roi prend des petites maîtresses : Mme de Ludres, la princesse de Soubise… Mais en 1676, Louis XIV rappelle Mme de Montespan. De leurs retrouvailles « naissent Mlle de Blois et le comte de Toulouse ». Mais cette fois Françoise de Maintenon refuse de s’occuper des deux derniers enfants d’Athénaïs car la favorite et le roi sont revenus sur la promesse de séparation qu’ils avaient faite à l’Eglise. Mme de Montespan supporte de moins en moins Françoise, qui s’approprie ses enfants, plus particulièrement le duc du Maine.

Françoise Athénaïs de Montespan, par Pierre Mignard (1672)
Françoise Athénaïs de Montespan, par Pierre Mignard (1672)

C’est sous « le règne » d’Athénaïs de Montespan que les arts (musique, théâtre…) s’affirment car la marquise soutient Molière, Lully, Racine… La période de gloire du Roi-Soleil correspond aux années durant lesquelles la marquise de Montespan règne en véritable reine à la cour, « beauté à faire admirer à tous les ambassadeurs ». Mais la favorite vieillit et elle le sait. Elle voit également que Mme de Maintenon incite le roi à se détourner d’elle pour revenir vers la reine sans quoi Dieu le punira. Françoise-Athénaïs fait en sorte que Louis XIV remarque une jeune fille, Mademoiselle de Fontanges, demoiselle d’honneur de la duchesse d’Orléans, espérant ainsi que le roi délaisse Mme de Maintenon. La jolie Marie-Angélique est d’une rare beauté mais assez naïve et sans grande conversation. Le roi courtise la jeune fille d’à peine 17 ans mais semble épris d’elle plus que la marquise de Montespan ne le voudrait. En 1680, Athénaïs est éclaboussée dans l’Affaire des Poisons : on la soupçonne d’avoir usé de philtres d’amour pour conserver le cœur du roi, d’avoir voulu faire empoisonner Marie-Angélique de Fontanges et d’avoir participé à des messes noires avec sacrifices d’enfants. Louis XIV fait taire toutes les accusations contre la marquise mais celle-ci perd à jamais la confiance et l’amour du roi.

Portrait de la marquise de Montespan portée par les trois Grâces, attribué à Louis Elle le Jeune (vers 1672)
Portrait de la marquise de Montespan portée par les trois Grâces, attribué à Louis Elle le Jeune (vers 1672)

En 1681, Mademoiselle de Fontanges décède et les rumeurs d’empoisonnement reprennent : la marquise de Montespan aurait fait disparaître sa jeune rivale. Pour dissiper les doutes, Louis XIV continue de rendre visite à Athénaïs mais celle-ci sait fort bien que le roi s’est définitivement détourné d’elle, et que Françoise de Maintenon est devenue sa maîtresse. Mme de Montespan reste à la cour pour ses enfants puis se retire en 1691 à l’abbaye de Fontevrault (où seront envoyées bien plus tard les filles de Louis XV), dirigée par sa sœur, Marie-Madeleine de Rochechouart, devenue Abbesse en 1670. Athénaïs fonde également le couvent de Saint-Joseph à Paris, qui accueille des « vieillards » en difficultés et des enfants pauvres. Délaissant ses belles toilettes, l’ancienne favorite du roi se rapproche de Dieu par la prière et le jeûne. En 1700, la marquise acquiert le château d’Oiron où elle s’installe en 1704, après la mort de Marie-Madeleine. Françoise-Athénaïs de Montespan meurt à Bourbon-l’Archambault le 28 mai 1707 à 66 ans. Elle est inhumée en l’église des Cordeliers de Poitiers, dans la même sépulture  que son frère, le duc de Vivonne. 

Pour en savoir plus : Louis XIV et les reines de cœur  

Bibliographie :

Les reines de France au temps des Bourbons : les Femmes du Roi-Soleil, par Simone Bertière
Madame de Montespan : grandeur et décadence d’une Favorite, par Henri Carré 
Madame de Montespan, par Jean-Christian Petitfils 
La Royale Montespan, par Maurice Rat

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