Crises à l’Elysée : Ces séismes qui ont secoué la République
À moins d’un an et demi des prochaines élections présidentielles, le magazine Historia revient sur les crises qui ont fait trembler les murs de l’Élysée, depuis le XIXe siècle.

Depuis 1879, le président de la République Française est installé à l’Élysée. Ironie de l’Histoire, ce terme renvoie, dans la mythologie grecque, au lieu où les héros et les âmes vertueuses séjournent après leur mort. La résidence officielle du chef de l’État n’a, pourtant, rien d’un endroit reposant. C’est d’ailleurs dans ces murs que Louis-Napoléon Bonaparte prépara le coup d’État du 2 décembre 1851. De même, avant de devenir le siège de la Présidence de la République Française, le palais de l’Élysée fut un cadeau royal de Louis XV à la marquise de Pompadour. Si la favorite de roi intervenait en politique, elle représentait également tout ce que le peuple méprisait de l’Ancien Régime…
Au fil du temps, le palais de l’Élysée est le théâtre de crises que le pouvoir tente d’étouffer. Mais parfois, le scandale est trop grand. Ainsi, le président Jules Grévy est confronté à une « grève des ministres » inédite et se voit contraint de démissionner en 1887. Ce qu’on lui reproche ? D’avoir tenté de couvrir son gendre qui trafiquait des légions d’honneur…
Si, aujourd’hui, on hésite plus à s’en prendre directement à l’image du président de la République en cas de mécontentement, la France a été marquée, dès juin 1899, par l’agression physique d’un chef d’Etat : tandis que la nation est divisée par l’affaire Dreyfus, le président Émile Loubet est pris à partie par un opposant, un antidreyfusard qui tente de lui asséner des coups de canne. Si l’homme n’est pas blessé, c’est la fonction qui vient d’être outragée.
L’emprisonnement de Nicolas Sarkozy, en 2025, a donné lieu à bon nombre de commentaires, qui affirmaient que c’était la première fois qu’un président de la République française était privé de sa liberté. C’est oublier le cas d’Albert Lebrun, président quand éclate la Seconde Guerre Mondiale. Historia revient sur le parcours de ce chef d’Etat, dépossédé lorsque les pleins pouvoirs sont accordés à Pétain, puis arrêté et placé en résidence surveillée. Si Albert Lebrun ne récupérera jamais sa place à l’Élysée (et ce même après la Libération), il refusera toujours de démissionner, à la grande stupéfaction du général de Gaulle.
Si l’Élysée accueillit les frasques de la Régence au début du XVIIIe siècle, et redevint un lieu de plaisir sous le Consulat de Napoléon Ier, le palais abrite, par la suite, certaines liaisons extra-conjugales des présidents de la République. Ainsi, le 16 janvier 1899, Félix Faure y meurt subitement dans les bras de sa maîtresse, Marguerite Steinheil, qui doit être exfiltrée de l’Élysée pour éviter le scandale.
Des décennies plus tard, c’est un autre président de la République, François Mitterrand, qui entoure sa vie privée de mystères, lesquels deviennent de véritables secrets d’État : son deuxième mandat est marqué par le scandale des écoutes téléphoniques de l’Élysée et par la révélation de l’existence de sa fille adultérine, Mazarine (comment ne pas voir dans ce prénom une référence au ministre de Louis XIV, le cardinal de Mazarin, lequel connaissait tous les secrets d’État ?). Mais le président aurait également menti sur des relations de jeunesse avec l’ancien chef de la police de Vichy. Enfin, il cacha son cancer durant une dizaine d’années, pour éviter que l’on ne remette en cause ses capacités à exercer sa fonction. Interrogé sur son passé trouble et les polémiques, le président répétait, énigmatiquement : « L’Histoire jugera ». Ce qui est certain, c’est que les secrets de Mitterrand conduiront l’un de ses plus proches fidèles à se suicider, le 7 avril 1994…
Autre crise que doit gérer l’Élysée en mai 1968 : la disparition soudaine du président Charles de Gaulle. Celui-ci repousse un Conseil des ministres et quitte le pays à bord d’un hélicoptère, laissant son gouvernement dans l’ignorance quant à sa destination et ses intentions. Le président va-t-il démissionner ? Que doit-on dire aux français ? Revivez cette journée, ces longues heures, où le pays s’est retrouvé sans chef d’État, alors que les manifestations se multipliaient un peu partout en France…
Historia est également allé à la rencontre de Frédéric Salat-Baroux, ancien secrétaire général de Jacques Chirac de 2005 à 2007. Témoin des crises qu’il a fallu gérer derrière les porte fermées de l’Élysée, l’homme de confiance du président revient sur les coulisses du pouvoir…
A travers ce numéro, les historiens mettent en lumière ces moments de déstabilisation où le chef de l’État a été gagné par l’incertitude, face à des crises qui pouvaient fragiliser la République…
mensuel N° 946 / Février 2026
Julia et la colère des dieux
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