Historia

Mères et Fils au pouvoir

Derrière chaque grand homme, se cache une femme. On pourrait penser qu’il s’agit de son épouse, ou de sa favorite. Mais l’Histoire connaît également des couples mère-fils. Le magazine Historia consacre son mensuel à cette relation complexe qui unit un monarque à sa génitrice, quand l’amour filial se mêle au pouvoir et à l’ambition.

Le pouvoir est souvent une affaire d’hommes, et les femmes en sont écartées, depuis l’Antiquité jusqu’aux Temps Modernes, en passant par l’époque Médiévale. L’épouse du souverain lui doit obéissance et sa principale mission et d’assurer l’avenir de la dynastie. Dès lors, la naissance d’un héritier mâle valorise la mère, qui a un rôle à jouer si son fils accède au trône durant sa minorité.

Épouses effacées sans rôle politique, Catherine de Médicis et Anne d’Autriche seront mères d’un enfant-roi, et devront assurer la régence. Si leur relation avec le jeune monarque est empreinte d’amour et de respect, il est parfois difficile de céder la place lorsque le souverain devient majeur. Si la mère de Louis XIV s’effacera après lui avoir transmis une autorité monarchique forte, Catherine de Médicis manipulera ses trois fils – les derniers rois Valois – tout en les protégeant des intrigues et des complots. Sa soif de pouvoir lui vaudra d’être tenue pour responsable des guerres de religions.

Cette envie, ce besoin de tout contrôler après avoir vécu dans l’ombre de leur défunt maître et époux, pousse certaines mères à se dresser contre leur fils, quand il faudrait transmettre le pouvoir : Constance d’Arles, reine capétienne, favorise l’un de ses fils cadets, quitte à monter ses enfants les uns contre les autres alors que la nouvelle dynastie est encore fragile. En Russie,  Catherine II – qui a usurpé le trône en faisant assassiner son époux – préférerait que son petit-fils lui succède plutôt que le tsarévitch Paul. Mais c’est l’impératrice Irène de Byzance qui se montrera la plus cruelle envers son fils :  si elle règne durant la minorité de Constantin VI – âgé de 9 ans à la mort de son père – elle refuse de lui céder la place lorsque celui-ci devient majeur. Une guerre ouverte est déclarée entre Irène et Constantin. Victorieuse, l’impératrice n’hésitera pas à faire mutiler son enfant, afin de l’écarter définitivement du trône…

Si certaines mères ne parviennent pas à se détacher du pouvoir, et deviennent gênantes pour leurs fils, d’autres ne vivent que pour la gloire de celui qu’elles ont porté dans leur ventre. Ainsi, Louise de Savoie, mère de François Ier, vénère son fils depuis sa naissance. Conseillère, sans jamais chercher à prendre le dessus sur lui, “Madame Mère” a toute la confiance du roi, qui lui confie un rôle politique et la nomme régente lorsqu’il part en guerre, au détriment de la reine son épouse. Bien avant Louise de Savoie, la reine Olympias n’œuvre que pour la gloire de son fils, Alexandre le Grand, qu’elle présente comme “le fils de Zeus”. Pour assurer la couronne de Macédoine à Alexandre, sa mère n’hésitera pas à le monter contre son père, Philippe II. Après l’assassinat de ce dernier – commandité par Olympias ? – la mère d’Alexandre fera assassiner les membres de la famille qui pourraient être une menace pour son fils. En dépit de ses actes cruels, afin de garantir le pouvoir à Alexandre, pour le “Conquérant” Olympias restera “la plus douce des mères”…

Qui penserait qu’au siècle dernier, Adolf Hitler et Joseph Staline, connus pour leurs effroyables actions , ont eu une relation fusionnelle et pleine d’amour filial avec leurs mères, qui les choyaient et tentaient de les protéger d’un père violent ? Tous les deux naissent après que la mort ait emporté les premiers enfants de leurs parents. Dès lors, ils vont être bercés de tendresse et protégés par une mère aimante. Adultes, ces dictateurs voueront une adoration à celles qui les ont mis au monde, ce qui se ressentira dans les lettres de Staline à sa “chère maman” et dans les larmes d’Hitler, “terrassé par le chagrin” à la mort de la sienne.

Si toutes les femmes présentées dans ce numéro sont mères d’hommes restés célèbres, chacune avait ses propres motivations : la grandeur du fils adoré, une revanche à prendre… Mais si ces femmes ont pris le pouvoir au nom de l’amour filial, qu’en est-il vraiment de leurs sentiments maternels ?

Découvrez les relations tumultueuses mères-fils qui ont marqué l’Histoire, ainsi que l’analyse du psychiatre Boris Cyrulnik, qui revient la complexité des liens entre ces enfants-rois et celles qui gouvernent en leur nom. Lorsque le pouvoir est en jeu, y a-t-il encore de la place pour l’affection et la tendresse qu’une mère doit à son enfant…tout roi soit-il ?

mensuel N° 880 / avril 2020

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